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Faux souvenirs : inverser l’inversion développementale chez l’enfant

5 octobre 2011 par Frank Arnould

Dans certaines circonstances, les jeunes enfants sont mieux protégés contre les faux souvenirs que les enfants plus âgés. Quand les circonstances changent, cette inversion développementale peut être elle-même inversée.

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Les enfants âgés produisent parfois plus de faux souvenirs que leurs camarades plus jeunes.

Il est généralement admis que les enfants deviennent de moins en moins vulnérables aux faux souvenirs à mesure qu’ils grandissent. Cependant, une découverte majeure, reproduite dans plusieurs études, est venue perturber ce constat. Quand certaines circonstances sont réunies, les jeunes enfants produisent moins de faux souvenirs que les enfants plus âgés, que les adolescents et que les adultes ! Selon Charles Brainerd et ses collaborateurs (2008), cette inversion dans le développement des faux souvenirs se manifesterait quand la tâche de mémoire favorise le traitement sur le sens (sémantique) des évènements et limite le traitement de leurs détails de surface.

Le paradigme DRM présente ces deux caractéristiques, et c’est dans cette épreuve de mémoire que l’inversion développementale des faux souvenirs a été le plus souvent constatée. Dans cette tâche, les sujets mémorisent des listes de mots. Chaque mot d’une liste est associé sémantiquement à un autre mot, le leurre critique, qui n’est pas présenté pendant la phase d’étude. Quand la mémoire des listes est ensuite testée, les personnes rappellent ou reconnaissent à tort les leurres critiques, en raison des liens qu’ils partagent avec les mots étudiés.

Cette forme d’illusion de la mémoire est moins fréquente chez les jeunes enfants, parce qu’ils sont moins aptes que leurs camarades plus âgés à analyser sémantiquement chaque liste de mots et à dégager un thème général.

Une nouvelle étude vient de confirmer l’existence de l’inversion développementale dans la version classique du paradigme DRM (Holliday, Brainerd, & Reyna, 2011). Des enfants de 7 ans ont ainsi moins souvent reconnu les leurres critiques que des enfants de 11 ans. Toutefois, cette inversion a été renversée après modification des conditions de mémorisation. Quand les listes contenaient les fragments des mots, fragments que les participants devaient compléter, les enfants de 11 ans ont alors moins souvent reconnu les leurres critiques que les enfants de 7 ans.

La présentation de fragments de mots a, selon les chercheurs, forcé les participants à traiter les détails de surface des mots plutôt que leur contenu sémantique. Les enfants de 11 ans étant plus à même d’effectuer ce type de traitement de surface, ils produisent donc moins de faux souvenirs dans cette condition que leurs jeunes camarades.

Dans le paradigme DRM classique (mots entiers), l’équipe de recherche a également observé que les faux souvenirs étaient plus fréquents quand les participants avaient été soumis à plusieurs tests de reconnaissance plutôt qu’à un seul. Ce phénomène est surtout apparu chez les enfants plus âgés. La répétition des tests favoriserait le traitement sémantique et son influence sur la production de faux souvenirs est donc plus importante chez les enfants de 11 ans. Cette explication permet aussi de comprendre pourquoi, dans le paradigme DRM modifié (fragments de mots), la réduction des faux souvenirs constatée dans le test de reconnaissance unique chez les enfants plus âgés n’a pas été significative quand des tests répétés ont été organisés.

La découverte d’une inversion dans le développement des faux souvenirs est en passe de bouleverser notre vision des témoignages d’enfants (Brainerd, Reyna, & Zember, 2011). En effet, quand les témoignages portent sur les connexions de sens entre évènements, les enfant plus âgés seraient les plus vulnérables aux illusions mnésiques.

Références :

Brainerd, C. J., Reyna, V. F., & Zember, E. (2011). Theoretical and forensic implications of developmental studies of the DRM illusion. Memory & Cognition, 39(3), 365-380.

Brainerd, C.J, Reyna, V. F., & Ceci, S. J. (2008). Developmental reversals in false memory : A review of data and theory. Psychological Bulletin, 134(3), 343-382.

Holliday, R. E., Brainerd, C. J., & Reyna, V. F. (2011). Developmental reversals in false memory : Now you see them, now you don’t ! Developmental Psychology, 47(2), 442-449.

Mots clés :

Faux souvenirs – Inversion développementale – Développement cognitif – Théorie de la trace floue – Mémoire – Cognition – Sémantique – Mineurs – Enfants d’âge scolaire

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Crédit photo :

Keith Bloomfield
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