Faux souvenirs : le paradoxe des émotions négatives

17 février 2010 par Frank Arnould

Emotions négatives et positives influencent différemment la formation de faux souvenirs.

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Le psychologue canadien Stephen Porter a formulé avec ses collègues une hypothèse évolutionniste audacieuse concernant l’influence des émotions négatives sur la mémoire (Porter, Taylor & ten Brinke, 2008). Selon ces chercheurs, être capable de se souvenir d’épisodes négatifs ou dangereux constitue un avantage pour la survie. L’acceptation d’informations relatives à des évènements négatifs, récoltées auprès de personnes dignes de confiance, apparaît donc comme un comportement adapté.

Ce scénario évolutionniste implique donc que les informations émotionnellement négatives seraient mieux remémorées que les informations positives ou neutres, mais aussi qu’elles constitueraient une source de suggestion plus puissante. Par conséquent, elles seraient plus fréquemment à l’origine de faux souvenirs !

Une expérience mise au point par ces chercheurs a permis de confirmer cette hypothèse plutôt paradoxale. L’expérimentateur invite un groupe d’étudiants à retrouver des souvenirs de plusieurs évènements publics marquants, mais dont certains sont en réalité totalement fictifs. Les psychologues observent que les participants se remémorent mieux les évènements négatifs authentiques que les évènements positifs authentiques. De plus, et conformément aux prédictions théoriques, ils génèrent plus facilement de faux souvenirs qu’à propos des évènements négatifs suggérés à propos qu’à proos des évènements positifs suggérés (Porter et coll., 2008).

Afin de soumettre une nouvelle fois leur hypothèse à l’épreuve des faits, Stephen Porter et ses collègues viennent d’analyser plus directement l’effet de suggestions trompeuses sur la mémoire d’informations négatives et positives (Porter, Bellhouse, McDougall, ten Brinke, & Wilson, 2010).

Des étudiants d’université sont convoqués au laboratoire et visionnent deux images : l’une présente un contenu émotionnellement positif, l’autre un contenu émotionnellement négatif. Certains participants sont ensuite exposés à des informations trompeuses à propos de ces scènes.

C’est pour l’image émotionnellement négative que les étudiants génèrent le plus facilement de faux souvenirs concernant un élément absent de la scène, mais ayant fait l’objet d’une suggestion trompeuse. Ce phénomène est observé quand la mémoire des images est testée avec un délai d’une semaine ou d’un mois. L’un des deux aspects de l’hypothèse des chercheurs est donc confirmé : les évènements négatifs suggérés provoquent plus facilement la formation de faux souvenirs.

En revanche, en l’absence de suggestions trompeuses, la mémoire des images négatives n’est pas ici meilleure que celles des images positives. Les psychologues pensent que ce résultat ne discrédite pas leur hypothèse. Celle-ci permettrait de prédire l’effet paradoxal des émotions négatives principalement quand les personnes vivent des épisodes fortement émotionnels (traumatismes personnels, drames publics…).

Références :

Porter, S., Bellhouse, S., McDougall, A., ten Brinke, L., & Wilson, K. (2010). A prospective investigation of the vulnerability of memory for positive and negative emotional scenes to the misinformation effect. Canadian Journal of Behavioural Science, 42(1), 55-61.

Porter, S., Taylor, K., & ten Brinke, L. (2008). Memory for media : Investigation of false memories for negatively and positively charged public events. Memory, 16(6), 658-666.

Mots clés :

Emotion – Mémoire – Psychologie évolutionniste – Suggestibilité – Faux souvenirs induits – Imformation trompeuse – Adultes

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Stuant63
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