Fiche historique n° 2. James McKeen Cattell (1860-1944), pionnier de la psychologie américaine du témoignage

21 avril 2010 par Frank Arnould

A la fin du XIXe siècle, James McKeen Cattell fut le premier psychologue américain à publier les résultats d’une expérience portant sur la fiabilité des témoignages.

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James McKeen Cattell (1860-1944)

Figure éminente de la psychologie scientifique américaine naissante, James McKeen Cattell naît le 25 mai 1860 à Easton et meurt le 20 janvier 1944 à Lancaster, deux villes situées en Pennsylvanie. C’est en Allemagne, en particulier dans le laboratoire de Wilhem Wundt (1832-1920), à Leipzig, qu’il se forme à la psychologie expérimentale et obtient son doctorat en 1886.

En 1888, il séjourne en Angleterre et rencontre Francis Galton (1822-1911), père de la psychologie différentielle et de l’eugénisme. Il crée un laboratoire et enseigne la psychologie à l’Université de Cambridge.

L’année suivante, il occupe la première chaire de psychologie des États-Unis à l’Université de Pennsylvanie. En 1891, il accepte une proposition qui lui est faite par l’Université de Columbia. Il y dirige les départements de psychologie, d’anthropologie et de philosophie. Il quitte cette université en 1917, officiellement en raison de ses positions sur le premier conflit mondial.

En 1895, Cattell préside l’Association psychologique américaine dont il est l’un des membres fondateurs. Ses activités éditoriales sont nombreuses. Il fonde notamment en 1894, avec James Mark Baldwin (1861-1934), la fameuse Psychological Review et fait l’acquisition en 1895 de la revue Science. Il fera de cette dernière la publication officielle de l’Association américaine pour l’avancement de la science à partir de 1900.

Les intérêts scientifiques de Cattell portent essentiellement sur l’analyse des temps de réaction, la psychophysique, la psychométrie, l’étude des différences individuelles dans les aptitudes, ainsi que l’application de la psychologie au monde de l’éducation et du travail. En 1895, il publie dans Science le premier article américain portant sur la psychologie des témoignages.

La fiabilité des souvenirs

L’expérience informelle mise au point par Cattell pour mesurer la fiabilité des souvenirs se déroule en mars 1893 à l’Université de Columbia. Cinquante-six étudiants se voient poser différentes questions. Ils sont autorisés à répondre à chacune d’elles en une demi-minute et doivent indiquer le niveau de certitude dans leurs réponses.

La mémoire d’un crime n’est pas testée directement dans cette étude. Cependant, certaines questions portent sur des faits pouvant faire l’objet d’investigation au cours d’une enquête criminelle. Cattell constate, par exemple, une grande variation de réponses, souvent contradictoires, quand il interroge ses sujets sur le temps qu’il faisait une semaine ou deux semaines auparavant.

Les résultats de l’étude montrent également que les étudiants ont tendance à sous-estimer de mémoire le poids d’un objet et à surestimer la distance entre deux bâtiments ainsi que le temps nécessaire pour effectuer un parcours dans l’université. Le niveau de confiance exprimée par les sujets ne permet pas de mesurer le niveau de précision objectif des estimations.

L’une des tâches que doivent accomplir les participants à l’expérience consiste à dessiner le plan du hall d’entrée du bâtiment dans lequel a lieu le cours. À sa grande stupéfaction, Cattell observe que les dessins varient beaucoup les uns des autres, à tel point que si l’un d’eux était choisi au hasard, il laisserait une impression totalement fausse de l’architecture du lieu. Seul l’examen simultané de plusieurs dessins permettrait d’en avoir une idée plutôt précise.

En conclusion de son étude, Cattell fonde de grands espoirs sur la mesure de la fiabilité des souvenirs, en particulier dans le domaine judiciaire : « Comme dernier exemple de l’utilité des mesures de la précision des observations et des souvenirs, je veux parler de leurs applications dans les cours de justice. L’exactitude probable d’un témoin pourrait être mesurée et son témoignage serait pondéré en fonction du résultat. Une correction numérique pourrait être introduite selon le temps écoulé, l’insuffisance moyenne (average lack) de véracité, l’effet moyen de l’intérêt personnel, etc. Le témoignage pourrait être recueilli de façon indépendante et communiqué à des experts qui pourraient affirmer, par exemple, que les chances que l’homicide ait été commis par l’accusé sont de 19 sur 1, et de 4 sur 1 qu’il ait été prémédité. » (p. 766, notre traduction).

Influences

L’étude de Cattell est rapidement reproduite par le psychologue américain Joseph Jastrow (1863-1944) chez des étudiants de psychologie de l’Université du Wisconsin (Bolton, 1896). Plusieurs questions sont reprises de l’expérience initiale et de nouvelles sont introduites. L’analyse des différences individuelles dans les réponses est plus systématique : comparaison entre étudiants des universités de Columbia et du Wisconsin, entre étudiants de sciences générales et ceux d’études classiques anciennes, ainsi qu’entre hommes et femmes.

L’expérience de Cattell influence d’autres pionniers de la psychologie du témoignage comme le psychologue français Alfred Binet (1857-1911) et le psychologue allemand William Stern (1871-1938).

Références

Bolton, F. E. (1896). The accuracy of recollection and observation. Psychological Review, 3(3), 286-295.

Cattell, J. M. (1895). Measurements of the accuracy of recollection. Science, 2, 761-766.

Pillsbury, W. (1947). Biographical memoir of James McKeen Cattell (1860-1944). National Academy of Science of the United States of America, 25, 1-16.

Mots clés

Témoignage oculaire - Fiabilité des témoignages - Mémoire - Histoire - James McKeen Cattell

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