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Fiche historique n° 3. Témoignage oculaire et formulation des questions : les expériences de Loftus et Palmer (1974)

13 juillet 2011 par Frank Arnould

La façon dont sont formulées les questions posées aux témoins oculaires influence leur version des faits.

Objectif

Les deux expériences que publient Elizabeth Loftus et John Palmer en 1974 participent au regain d’intérêt que suscitent les témoignages oculaires chez les psychologues à partir des années 1970, en particulier concernant l’influence des questions dirigées sur la mémoire d’un crime.

L’objectif de leur travail est d’évaluer comment un simple changement de verbe dans une question peut conduire des personnes à estimer différemment la vitesse à laquelle roulaient des véhicules impliqués dans des accidents de la circulation.

Première expérience

Cinquante-cinq étudiants américains sont conviés à visionner sept films décrivant chacun un accident de la route. Après chaque film, les « témoins oculaires » doivent fournir un compte rendu de ce qu’ils viennent de voir et répondre ensuite à différentes questions à propos de l’accident. La question critique porte sur la vitesse à laquelle roulaient les automobiles (exprimée en mph). Celle-ci est formulée de cinq manières différentes selon les sujets, les différences consistant simplement à changer le verbe décrivant l’impact entre les automobiles :

- À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils se sont touchés (hit) ?
- À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils se sont écrasés l’un contre l’autre (smashed) ?
- À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils sont entrés en collision (collided) ?
- À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils se sont heurtés (bumped) ?
- À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils sont entrés en contact (contacted) ?

Les résultats montrent que l’estimation de la vitesse est plus élevée quand le verbe de la question suggère un accident plus violent (écraser) plutôt qu’un accident moins violent (toucher).

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Deuxième expérience

Cent-cinquante-cinq étudiants américains prennent part à l’expérience. Ils visionnent dans un premier temps l’enregistrement filmé d’un accident de la route. Après avoir vu le film, les participants doivent décrire la scène dont ils viennent d’être les témoins, puis répondre à différentes questions. Cinquante participants se voient poser la question « À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils se sont touchés (hit) ? », cinquante autres « À quelle vitesse roulaient les véhicules quand ils se sont écrasés l’un contre l’autre (smashed) ? ». Les cinquante témoins restants ne sont pas interrogés sur la vitesse des véhicules (groupe contrôle).

Une semaine plus tard, les participants retournent au laboratoire et sont à nouveau questionnés sur l’accident. En particulier, il leur est demandé d’indiquer par oui ou par non la présence de bris de glace sur les lieux de l’accident, éléments en fait totalement absents de la scène.

Les résultats indiquent une nouvelle fois que la vitesse des véhicules est jugée plus élevée quand le verbe suggère un accident plus grave. Dans ce cas, les participants sont aussi bien plus nombreux à relater (par erreur) la présence de bris de glace.

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Interprétation

Les auteurs de l’étude concluent que les informations provenant de la scène de l’accident seraient combinées à l’information contenue dans la question de l’expérimentateur et suggérant un accident violent. L’intégration de ces différents éléments conduirait les participants à former le souvenir d’un accident plus grave qu’en réalité et à rapporter (faussement) la présence de bris de glace.

Influences

L’article de Loftus et Palmer est devenu un classique de la psychologie des témoignages. En juillet 2011, il a été cité 423 fois dans la littérature scientifique depuis sa publication, selon les données du Web of Science.

Cependant, l’effet de la gravité suggérée par le verbe sur l’estimation de la vitesse de véhicules n’a pas toujours été reproduit dans des études ultérieures. Pour le psychologue Graham Davies, ce phénomène pourrait se produire uniquement quand les conditions de traitement des informations ne seraient pas optimales (Davies, 2009).

Implications en psychologie légale

- Entretiens et interrogatoires d’investigation
- Faux souvenirs

Références

Davies, G. M. (2009). Estimating the speed of vehicles : the influence of stereotypes. Psychology, Crime & Law, 15(4), 293-312.

Loftus, E. F., & Palmer, J. C. (1974). Reconstruction of automobile destruction : An example of the interaction between language and memory. Journal of Verbal Learning and Verbal Behabior, 13(5), 585-589.

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