Flash sur les souvenirs

21 avril 2011 par Frank Arnould

Nous nous souvenons souvent avec moult détails des circonstances personnelles dans lesquelles nous avons appris la survenue d’un fait public important. Le rôle des facteurs favorisant la formation de ces souvenirs flashes varierait en fonction de la culture des personnes.

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Que faisiez-vous quand vous avez appris la nouvelle des attentats du 11 septembre 2001 ?

Un souvenir flash correspond au rappel détaillé, durable, et apparemment précis, des circonstances dans lesquelles une personne a appris la survenue d’un évènement public marquant [1]. En 1977, les psychologues Roger Brown et James Kulik ont été parmi les premiers auteurs (voir Encadré) à décrire cette catégorie de souvenirs, et à en proposer une analyse théorique, après avoir notamment interrogé un groupe de leurs concitoyens sur l’assassinat du Président J.F. Kennedy.

Sur un ton quelque peu sarcastique, le spécialiste britannique de la mémoire Alan Baddeley note que cette notion est devenue depuis si populaire qu’un psychologue cognitiviste est toujours prêt à élaborer un questionnaire pour savoir si des souvenirs flashes sont apparus dès qu’un évènement dramatique s’est produit quelque part dans le monde (Baddeley, 2009, p. 147) !

Plusieurs facteurs favoriseraient la formation de ces souvenirs vivaces : l’importance nationale (ou internationale) de l’évènement, son importance personnelle, l’intensité émotionnelle ressentie par les individus au moment où ils apprennent la nouvelle, l’effet de surprise qu’elle a provoquée, ou encore la fréquence avec laquelle les personnes ont répété leurs souvenirs. Une étude auprès de personnes chinoises, allemandes, turques, britanniques et américaines, révèle que le rôle de ces facteurs varierait, en fait, en fonction de l’origine culturelle des individus (Kulkofsky et al., 2011).

Ainsi, les effets de l’importance personnelle de l’évènement, de l’intensité des émotions ressenties, de la surprise et du fait d’avoir repensé à l’évènement déclencheur ou d’en avoir parlé, sont réduits chez les participants chinois. L’influence de l’importance nationale de l’évènement public, ainsi que le fait d’avoir repensé aux circonstances de sa réception ou d’en avoir parlé, ne sont pas modulées par l’origine culturelle.

Les auteurs de cette étude estiment que ces résultats peuvent s’expliquer par le fait que dans des contextes culturels tels que celui de la Chine, plus collectivistes qu’individualistes, se souvenir d’expériences personnelles est souvent moins valorisé, et aussi parce que les individus y sont encouragés à contrôler leurs sentiments et émotions.

Un peu d’histoire

Le psychologue américain F.W. Colegrove a publié, en 1899, la toute première étude sur les souvenirs vivaces d’évènements publics. L’auteur a posé la question suivante à 179 de ses concitoyens : « Vous souvenez-vous où vous étiez lorsque vous avez appris que Lincoln avait été abattu ? » Cent-vingt-sept personnes (70,9 %) ont répondu par l’affirmative, et ont été en mesure de fournir des détails sur ces circonstances, alors que trente-trois années s’étaient écoulées depuis l’assassinat du président Lincoln au moment de l’enquête.

Références :

Baddeley, A. D. (2009). Autobiographical memory. Dans A. D. Baddeley, M. W. Eysenck, & Anderson, M.C. (Éds.), Memory (p. 137-162). Hove : Psychology Press.

Colegrove, F. W. (1899). Individual memories. American Journal of Psychology, 10(2), 228-255.

Brown, R., & Kulik, J. (1977). Flashbulb memories. Cognition, 5(1), 73-99.

Kulkofsky, S., Wang, Q., Conway, M. A., Hou, Y., Aydin, C., Mueller-Johnson, K., & Williams, H. (2011). Cultural variation in the correlates of flashbulb memories : An investigation in five countries. Memory, 19(3), 233.

Lectures complémentaires :

Curci, A., & Luminet, O. (2009). Flashbulb memories for expected events : a test of the emotional-integrative model. Applied Cognitive Psychology, 23(1), 98-114. Une étude des souvenirs flashes de la mort du Présidient François Mitterrand en France et en Belgique.

Luminet, O., & Curci, A. (Éds.). (2008). Flashbulb Memories : New Issues and New Perspectives. Hove : Psychology Press. Panorama de la recherche contemporaine sur les souvenirs flashes.

Crédit photo :

Ludie Cochrane
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[1] Certains travaux suggèrent que les souvenirs flashes perdent en précision avec le temps, au même titre que les souvenirs d’évènements quotidiens. Malgré cela, les personnes restent convaincues que ces souvenirs sont plus vivaces que les autres (Baddeley, 2009).