• Accueil
  • Actualités
  • Former à la pratique des questions ouvertes avec les enfants victimes de maltraitance

Former à la pratique des questions ouvertes avec les enfants victimes de maltraitance

28 avril 2008 par Frank Arnould

Comment promouvoir l’utilisation des questions ouvertes chez les professionnels interrogeant des enfants maltraités ? Une équipe de chercheurs australiens et américains teste l’efficacité de l’intervention d’un spécialiste de l’entretien pendant ou après un exercice pratique.

PNG - 74.6 ko

L’usage des questions ouvertes, permettant au témoin et à la victime de faire librement le récit des faits, est une technique connue pour améliorer la qualité des témoignages, notamment celle des enfants présumés victimes d’agressions sexuelles. Il est aujourd’hui intégré dans différents protocoles d’entretien, comme celui du NICHD (Lamb, Orbach, Hershkowitz, Esplin, & Horowitz, 2007).

Pourtant, selon les résultats de différentes enquêtes, moins de 25 % des informations sont recueillis par ce type de questionnement quand les professionnels interrogent des enfants. En outre, formés à cette technique, ils la mettent finalement peu en pratique en condition réelle, préférant s’en tenir aux questions spécifiques et ciblées. Heureusement, des données récentes permettent d’être plus optimiste. Certains programmes de formation à l’interrogatoire se sont en effet révélés plus performants. Leur succès serait le résultat de l’implémentation de différentes stratégies d’apprentissage (Powell, Fisher, & Wright, 2005) comme : 1) l’utilisation d’un protocole d’entretien structuré ; 2) des sessions d’apprentissage distribuées dans le temps et entrecoupées de pauses ; 3) une formation délivrée par un spécialiste de l’entretien et assurant la supervision des apprenants ; 4) la présentation d’exemples de bonne pratique ; et 5) la présence de participants motivés.

L’impact relatif de ces cinq stratégies sur la réussite de ces formations n’est pas connu. Dans une étude publiée dans la revue Child Abuse & Neglect, les psychologues Martine B. Powell, Ronald P. Fisher et Carolyn H. Hughes-Scholes ont étudié l’impact de l’une d’entre elles, à savoir, la supervision par un spécialiste de l’entretien (Martine B. Powell, Fisher, & Hughes-Scholes, 2008).

Des professionnels de la famille et des policiers australiens participent à une session de formation d’une journée à l’utilisation des questions ouvertes pendant l’interrogation d’enfants maltraités. Un expert est là pour leur communiquer des informations concernant l’avantage lié à l’utilisation de cette méthode. Pour une partie des participants, il supervise également leurs comportements pendant ou après chacun des deux exercices pratiques effectués, au cours desquels est simulé un entretien avec un enfant de 5 ou 6 ans. Son intervention a alors plusieurs objectifs : 1) identifier les moments où l’apprenant est passé à des questions spécifiques ; 2) identifier les stratégies et les questions plus appropriées pouvant aider l’interviewer à maintenir l’usage des questions ouvertes ; 3) donner son point de vue sur le choix des questions ouvertes posées à différentes étapes de l’entretien ; 4) commenter l’utilisation de différents comportements d’encouragement (mouvements de la tête, répétition des derniers mots énoncés par l’interviewé...).

Avant la session de formation, les participants utilisent un faible nombre de questions ouvertes au cours d’un entretien simulé avec un enfant. Immédiatement après celle-ci, ils en usent plus fréquemment, surtout lorsque le spécialiste commentent leurs comportements, et principalement quand cette supervision a lieu pendant les exercices. Douze semaines après la formation, celle-ci a toujours un effet positif sur tous les participants lors de la simulation d’entretien, mais la fréquence d’utilisation des questions ouvertes décroît, comparativement à celle observée pendant l’évaluation immédiate. Le bénéfice associé à la supervision du spécialiste, même celle effectuée pendant les exercices pratiques, ne s’observe plus.

Ces résultats indiquent que les commentaires d’un expert de l’entretien pendant des exercices pratiques, est la stratégie la plus efficace pour promouvoir l’utilisation des questions ouvertes au cours d’une simulation d’interrogatoire avec un enfant. Ce bénéfice est cependant de courte durée, en raison d’une formation délivrée pendant une période de temps limitée. Comme l’ont montré d’autres travaux, le succès à long terme d’un apprentissage à cette technique exige la supervision continue d’un expert.

Les avantages liés à l’utilisation des questions ouvertes dans les interrogatoires

- Les réponses aux questions ouvertes sont plus précises que celles données aux questions spécifiques ou fermées ;

- Les questions spécifiques peuvent conduire l’interviewer à sous-estimer les limitations verbales du témoin, en particulier quand ce dernier adopte des stratégies masquant ses difficultés (par exemple, tendance à répondre affirmativement aux questions de type oui/non, même quand celles-ci ne sont pas comprises ; répéter les mots ou les phrases de l’interviewer ; livrer des réponses stéréotypées) ;

- Les questions ouvertes permettent au témoin de répondre selon son propre rythme, lui offrant ainsi la possibilité de mobiliser ses ressources cognitives et attentionnelles afin de se remémorer au mieux l’événement critique. Il n’est pas assailli de questions multiples pouvant le distraire ;

- Les questions ouvertes sont, en elles-mêmes, relativement faciles à mettre en œuvre (bien que certains professionnels soient souvent réticents à les utiliser) ;

- Les questions ouvertes réduisent le risque de différentes erreurs d’interrogation, comme le biais de confirmation (quand l’enquêteur pose des questions afin de confirmer son propre point de vue sur les faits) ; au contraire, elles favorisent les pratiques positives, comme l’encouragement du témoin à jouer un rôle actif pendant son interrogatoire.

Source : Powell, Fisher & Wright (2005)

Références :

Lamb, M. E., Orbach, Y., Hershkowitz, I., Esplin, P. W., & Horowitz, D. (2007). A structured forensic interview protocol improves the quality and informativeness of investigative interviews with children : A review of research using the NICHD Investigative Interview Protocol. Child Abuse & Neglect, 31(11-12), 1201-1231.

Powell, M. B., Fisher, R. P., & Hughes-Scholes, C. H. (2008). The effect of intra- versus post-interview feedback during simulated practice interviews about child abuse. Child Abuse & Neglect, 32(2), 213-227.

Powell, M. B., Fisher, R. P., & Wright, R. (2005). Investigative interviewing. In N. Brewer & K. D. Williams (Eds.), Psychology and Law : An empirical perspective. (pp. 11-42). New York : Guilford.

Mots clés :

Témoignage, Entretien, Questions ouvertes, Formation professionnelle, Enfants abusés, Expertise

À lire également sur PsychoTémoins :

Comment mieux former les professionnels au recueil des témoignages d’enfants ?

Crédit Photo :

Oberazzi
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)