Humeur et détection du mensonge

8 janvier 2013 par Frank Arnould

Les personnes tristes détectent mieux le mensonge et la vérité que les personnes gaies.

PNG - 46.5 ko

Si vous recherchez sur internet des informations sur la détection du mensonge, le résultat de votre requête affichera quantité de sites prétendant, souvent avec beaucoup d’assurance, vous dire comment déceler un individu qui essaye de vous tromper en analysant ses comportements non verbaux.

Si l’on confronte ces recommandations avec les résultats de la recherche scientifique sur la détection du mensonge, autant dire que tous ces sites… vous mentent ! En effet, de nombreux travaux expérimentaux montrent que les indices non verbaux du mensonge ne sont globalement pas fiables, mais que les indices verbaux sont, eux, relativement (et modérément) plus efficaces (DePaulo et al., 2003 ; Sporer & Schwandt, 2006, 2007 ; Vrij, 2008a).

D’ailleurs, d’autres études indiquent que plus les personnes se servent du contenu verbal des messages, mieux elles détectent le mensonge. En revanche, si elles n’utilisent que les indices non verbaux, alors elles détectent moins précisément les menteurs (Vrij, 2008b).

Des psychologues viennent de publier une nouvelle série d’expériences qui confirme cela (Reinhard & Schwarz, 2012). Ils ont tout d’abord constaté que les personnes rendues tristes détectaient mieux le mensonge et la vérité que les personnes rendues gaies. Puis, ils ont observé que les personnes tristes s’étaient servies du contenu verbal des messages pour évaluer la crédibilité des messages, alors que les personnes gaies avaient utilisé préférentiellement des indices non verbaux.

Selon les chercheurs, l’humeur influence la manière dont sont traitées les informations. Les personnes tristes se concentrent plus sur les détails que les personnes gaies, et donc, sur le contenu verbal des messages. De ce fait, elles detectent mieux le mensonge et la vérité.

Références :

DePaulo, B. M., Lindsay, J. J., Malone, B. E., Muhlenbruck, L., Charlton, K., & Cooper, H. (2003). Cues to deception. Psychological Bulletin, 129(1), 74‑118. doi : 10.1037/0033-2909.129.1.74

Reinhard, M.-A., & Schwarz, N. (2012). The influence of affective states on the process of lie detection. Journal of Experimental Psychology : Applied, 18(4), 377‑389. doi:10.1037/a0030466

Sporer, S. L., & Schwandt, B. (2006). Paraverbal indicators of deception : A meta-analytic synthesis. Applied Cognitive Psychology, 20(4), 421‑446. doi:10.1002/acp.1190

Sporer, S. L., & Schwandt, B. (2007). Moderators of nonverbal indicators of deception. Psychology, Public Policy, and Law, 13(1), 1‑34. doi:10.1037/1076-8971.13.1.1

Vrij, A. (2008a). Detecting Lies and Deceit : Pitfalls and Opportunities. (2 éd.). Chichester : Wiley.

Vrij, A. (2008b). Nonverbal dominance versus verbal accuracy in lie detection. Criminal Justice and Behavior, 35(10), 1323 ‑1336. doi:10.1177/0093854808321530

Mots clés :

Détection du mensonge - Humeur - Emotion - Cognition - Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Les indices visuels du mensonge sont trompeurs

Détection du mensonge : changer les pratiques

Des ressources pour détecter le mensonge

Existe-t-il vraiment des indices comportementaux du mensonge ?

Mythe n° 1. Le regard fuyant est un indice fiable du mensonge

Détecter le mensonge : besoin de cognition ?

Le mensonge en situation

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Mensonge et détection du mensonge

Crédit photo :

Carlos Smith
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)