Humeur et faux souvenirs

3 mai 2011 par Frank Arnould

L’humeur influence la manière dont les informations sont mémorisées et, par voie de conséquence, la fréquence des faux souvenirs.

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L’intérêt des psychologues scientifiques pour les illusions de la mémoire a été plutôt tardif. Hormis les discussions et travaux de quelques précurseurs (voir, par exemple, Hans Gross [1898], dans KriminalPsychologie, James Sully [1881] dans Illusions ou encore Alfred Binet [1900] dans La suggestibilité), la recherche sur les faux souvenirs connaitra son véritable essor à partir des années 1970.

Au sein des travaux contemporains, le paradigme DRM (pour Deese-Roediger-McDermott) est devenu la technique la plus populaire pour provoquer de faux souvenirs en laboratoire. De quoi s’agit-il ? Les sujets mémorisent des listes de mots, conçues chacune d’une manière particulière. En effet, les mots de chaque liste (par exemple, Repos, Rêve, Lit, Bâillement…) sont sémantiquement associés à un autre mot (ou leurre) critique (Sommeil), mais celui-ci n’est pas présenté pendant la phase d’étude. Quand la mémoire des listes est ensuite testée, les participants se souviennent fréquemment, et à tort, des leurres critiques, en raison des liens sémantiques qu’ils partagent avec les mots réellement étudiés (Gallo, 2006 ; Roediger & McDermott, 1995).

Une nouvelle étude montre que l’humeur des sujets influence la production de faux souvenirs dans le paradigme DRM, mais seulement sous certaines conditions (Storbeck & Clore, 2011). L’humeur triste, induite expérimentalement chez les participants avant la mémorisation des listes, réduit la fréquence des illusions mnésiques dans une tâche de reconnaissance, et ce, par rapport aux sujets d’une humeur joyeuse ou à ceux du groupe contrôle. En revanche, les personnes tristes sont tout autant vulnérables aux faux souvenirs associatifs que les deux autres groupes d’individus quand l’humeur est induite après la mémorisation [1].

Les auteurs de l’étude pensent que l’humeur triste favoriserait un traitement spécifique de chaque mot d’une liste DRM pendant la phase de mémorisation. L’activation sémantique des mots étudiés ne se diffuserait donc pas dans le réseau des concepts associés, réseau incluant le leurre critique. Par conséquent, la production de faux souvenirs est réduite. En revanche, l’humeur joyeuse favoriserait le traitement relationnel des mots de la liste, rendant l’activation du leurre critique plus probable.

Références :

Gallo, D. A. (2006). Associative Illusions of Memory : False Memory Research in DRM and Related Tasks. Hove : Psychology Press.

Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating false memories : Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition, 21(4), 803-814.

Storbeck, J., & Clore, G. L. (2011). Affect influences false memories at encoding : Evidence from recognition data. Emotion, 11(4), 981-989.

Mots clés :

Faux souvenirs – DRM – Émotion – Affect négatif – Affect positif – Humeur – Mémoire – Cognition – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

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Enygmatic-Halycon
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[1] Dans cette étude, le type d’humeur est induit en demandant aux participants de visionner des extraits de films dont l’atmosphère est triste ou joyeuse.