Humeur et reconnaissance des visages

16 décembre 2011 par Frank Arnould

Triste ou joyeux ? L’humeur peut influencer la reconnaissance des visages.

PNG - 46.5 ko

La recherche scientifique suggère que les êtres humains sont des experts de la reconnaissance des visages (Baudouin, Chambon, & Tiberghien, 2009 ; Maurer, Le Grand, & Mondloch, 2002). Néanmoins, dans certaines circonstances, cette expertise est ébranlée. Par exemple, nous avons généralement plus de difficulté à reconnaître les visages de personnes appartenant à des groupes ethniques et à des groupes d’âge différents des nôtres (Meissner & Brigham, 2001 ; Rhodes & Anastasi, 2012).

Une équipe de psychologues britanniques a aussi découvert que l’humeur des personnes pouvait influencer leur aptitude à se souvenir de visages (Hills, Werno, & Lewis, 2011). Dans deux expériences, les chercheurs ont induit chez les participants une humeur triste, joyeuse ou neutre [1]. Après cela, les sujets ont été conviés à évaluer le caractère plus ou moins distinctif d’une série de visages. Ils n’ont pas été prévenus que leur mémoire des visages allait être testée quelques minutes plus tard. Ils ont donc été placés dans une situation dite d’apprentissage incident.

Les psychologues ont constaté que les participants tristes ont reconnu les visages avec plus de précision que les participants joyeux ! Leurs souvenirs étaient aussi plus souvent accompagnés d’une expérience de recollection, autrement dit, par la remémoration consciente d’informations contextuelles et de détails sur les visages, ce qui suppose qu’ils les avaient mémorisés de manière plus élaborée que les individus joyeux.

Les chercheurs ont noté que les individus joyeux se sont mieux souvenus des visages exprimant la joie que des visages exprimant la tristesse ou de ceux n’affichant aucune émotion particulière. La mémoire des individus tristes n’a pas été significativement influencée par l’expression émotionnelle des visages.

Dans une troisième expérience, les chercheurs ont demandé explicitement aux participants d’étudier les visages en vue d’un test ultérieur de leur mémoire, une situation dite d’apprentissage intentionnel.

Les résultats sont sensiblement différents de ceux des deux études précédentes. L’humeur induite chez les participants (triste, joyeuse ou neutre) n’a pas eu d’effet sur la reconnaissance des visages. De plus, aucun effet de congruence entre humeur et expression émotionnelle des visages sur la mémoire n’a été relevé.

Humeur et reconnaissance inter-ethnique des visages

Les visages de personnes ethniquement différentes de nous sont généralement moins bien reconnus que les visages de personnes qui nous ressemblent. Ce phénomène serait aussi soumis à l’influence de l’humeur. Une expérience (Johnson & Fredrickson, 2005) a ainsi montré que des étudiants américains d’origine européenne reconnaissaient moins bien des visages d’origine africaine que des visages d’origine européenne quand les chercheurs avaient provoqué chez eux un état de peur ou une humeur neutre. Par contre, chez les individus rendus joyeux, ce biais de mémoire avait disparu, que la joie ait été induite avant la mémorisation des visages ou avant le test de mémoire.

Références :

Baudouin, J.-Y., Chambon, V., & Tiberghien, G. (2009). Expert en visages ? Pourquoi sommes-nous tous... des experts en reconnaissance des visages. L’Évolution Psychiatrique, 74(1), 3-25.

Hills, P. J., Werno, M. A., & Lewis, M. B. (2011). Sad people are more accurate at face recognition than happy people. Consciousness and Cognition, 20(4), 1502-1517.

Johnson, K. J., & Fredrickson, B. L. (2005). « We all look the same to me » : Positive emotions eliminate the own-race bias in face recognition. Psychological Science, 16(11), 875-881.

Maurer, D., Le Grand, R., & Mondloch, C. J. (2002). The many faces of configural processing. Trends in Cognitive Sciences, 6(6), 255-260.

Meissner, C. A., & Brigham, J. C. (2001). Thirty years of investigating the own-race bias in memory for faces : A meta-analytic review. Psychology, Public Policy, and Law, 7(1), 3-35.

Rhodes, M. G., & Anastasi, J. S. (2012). The own-age bias in face recognition : A meta-analytic and theoretical review. Psychological Bulletin, 138(1), 146-174.

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Humeur – Émotion – Expression émotionnelle – Mémoire – Cognition – Adultes

Crédit photo :

Carlos Smith
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Dans la première expérience, aucune induction d’humeur n’a été pratiquée sur un quatrième groupe de sujets.