Hypermnésie et témoignage oculaire chez la personne âgée

6 juin 2008 par Frank Arnould

Les témoins âgés se souviennent-t-ils d’un plus grand nombre d’informations qu’ils n’en oublient lorsqu’ils sont interrogés à plusieurs reprises ?

En 1913, Ballard définit la réminiscence comme le fait de se souvenir de nouvelles informations ayant été précédemment oubliées, sans réapprentissage. Les témoins et les victimes d’un crime peuvent faire l’expérience de ce phénomène, en redécouvrant des éléments non mentionnés pendant un interrogatoire précédent. La réminiscence est l’un des pré-requis de l’hypermnésie, quand le nombre total d’informations dont se souvient un témoin sur les différents entretiens excède celui des informations oubliées.

Les personnes âgées peuvent être victimes de maltraitance ou témoins d’un crime. Leur mémoire épisodique, c’est-dire leur capacité à se souvenir d’évènements personnels localisés dans le temps et l’espace, est généralement plus défaillante que celles des adultes plus jeunes. Des interrogatoires répétés les aideraient-elles à se souvenir des faits ? Autrement dit, est-ce que l’hypermnésie est possible chez nos aînés ? Pour répondre à cette question, le psychologue Hajime Otani et ses collègues demandent à des adultes jeunes et âgés de visionner une scène vidéo. Celle-ci décrit la recherche, par des policiers, d’un suspect ayant usé de son arme à feu. Quelques instants plus tard, les « témoins » essayent une première fois de se souvenir des faits. Après une pause de cinq minutes, une seconde tentative de remémoration est organisée.

Dans l’ensemble, les personnes âgées ne manifestent pas d’hypermnésie, contrairement à leurs cadets. Toutefois, cette tendance générale masque une autre réalité. L’hypermnésie est présente chez les adultes âgés ayant une bonne mémoire des faits. Elle est absente chez ceux qui en ont de moins bons souvenirs. Ces derniers sont d’ailleurs d’un âge plus avancé que les premiers. Les deux groupes de seniors font pourtant preuve de réminiscence. L’absence d’hypermnésie, chez les sujets vieillissants dont la mémoire est infidèle, est uniquement le résultat d’un oubli plus prononcé entre les deux entretiens, comparativement à celui des sujets jeunes.

Les policiers pourraient considérer que les propos de ces personnes sont inconsistants et peu fiables. Les auteurs de l’étude insistent cependant sur le fait que les entretiens répétés leur permettent de se remémorer des informations inédites. Ils encouragent alors les enquêteurs à se concentrer sur le rappel d’éléments nouveaux plutôt que sur celui des éléments déjà dévoilés. Des études antérieures portant sur les différences d’âge dans l’hypermnésie ayant produit des résultats contradictoires, des études supplémentaires s’avèrent toutefois nécessaires.

Référence :

Otani, H., Kato, K., Von Glahn, N.R., Nelson, M.E., Widne Jr, R.L., & Goernert, P.N. (2008). Hypermnesia : A further examination of age differences between young and older adults. British Journal of Psychology, 99(2), 265-278.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Mémoire, Cognition, Oubli, Réminiscence, Hypermnésie, Entretiens répétés, Vieillissement, Jeunes adultes, Adulte âgés