Identification d’une voix et familiarité avec la langue parlée.

30 mai 2007 par Frank Arnould

Des témoins ou des victimes peuvent se trouver dans des situations dans lesquelles le visage du malfaiteur n’est pas visible. Par contre, ils ont pu entendre sa voix. Dans quelle mesure peuvent-ils identifier celle-ci avec précision, en particulier lorsque la langue parlée leur est étrangère ?

Philippon, Cherryman, Bull et Vrij (2007) viennent de publier les résultats d’une expérience qui montre qu’il est plus facile d’identifier une voix parlant une langue familière. Dans leur étude, des sujets anglophones visionnent une séquence vidéo dans laquelle une conversation téléphonique a lieu entre un malfaiteur, vu de dos, et un complice. Deux versions de la vidéo sont utilisées : dans l’une, la conversation est en anglais (langue familière), dans l’autre, elle est en français (langue non familière). Trente minutes plus tard, on leur demande d’identifier ou non, parmi plusieurs voix, celle qui a été entendue dans la vidéo.

Les résultats montrent que les témoins identifient plus souvent la voix d’un innocent lorsque la langue parlée n’est pas familière. Ce constat est encore plus net lorsqu’ils participent à un tapissage de voix dans lequel celle du malfaiteur n’est pas présente (le tapissage est donc constitué uniquement de voix d’innocents, la réponse correcte étant alors d’indiquer qu’aucune voix ne correspond à celle du malfaiteur). Globalement, les témoins sont d’ailleurs beaucoup moins précis dans ce type de tapissage que dans celui où la voix du malfaiteur est présente.

Des voix différentes parlant la langue familière ou peu familière ont été utilisées dans les vidéos de l’expérience. Les auteurs constatent que la performance de l’identification varie d’une voix à l’autre surtout lorsque la langue est peu familière. L’une des voix française est identifiée la plupart du temps (60 % d’identifications correctes) alors qu’une autre ne l’a jamais été. Contrairement à une croyance commune selon laquelle les voix parlant une langue étrangère se ressemblent toutes et sont difficiles à discriminer, cette étude montre que les témoins sont sensibles aux caractéristiques individuelles de ces voix.

Les témoins qui rapportent avoir mis en œuvre une stratégie d’élimination (éliminer toutes les voix qui ne ressemblent pas à celle du malfaiteur) sont plus précis dans la tâche d’identification que ceux qui indiquent avoir utilisé une stratégie d’appariement des caractéristiques de la voix (comparer les voix présentées dans le tapissage sur une ou deux caractéristiques acoustiques), ou que ceux indiquant l’utilisation d’aucune stratégie particulière.

Globalement, la certitude qu’expriment les témoins concernant leur décision dans le tapissage, la façon dont ils évaluent la difficulté de la tâche d’identification et la pression ressentie à faire un choix ne sont pas corrélées significativement avec la performance de l’identification. Une seule corrélation significative, et positive, apparaît entre le niveau de certitude et la performance de l’identification lorsque la voix du malfaiteur n’est pas présente dans le tapissage.

Référence :

Philippon, A. C., Cherryman, J., Bull, R., & Vrij, A. (2007). Earwitness identification performance : The effect of language, target, deliberate strategies and indirect measures. Applied Cognitive Psychology, 21, 539-550.

Mots-clés :

Témoignage, Identification de voix, Mémoire, Familiarité de la langue, Tapissage, Stratégie, Confiance