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Identification de suspects : améliorer la fiabilité des témoignages

11 mars 2011 par Frank Arnould

Dans une tâche d’identification de suspect, une équipe de chercheurs a testé l’utilité d’offrir explicitement aux témoins oculaires la possibilité de répondre « Je ne sais pas ».

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Aussi bien les recherches sur le terrain que les études expérimentales suggèrent que les témoins oculaires commettent parfois des erreurs quand ils sont amenés à identifier un suspect. Comment améliorer la fiabilité de ces témoignages ? Les psychologues australiens Nathan Weber et Timothy Perfect, de l’Université Flinders, ont justement fait une découverte intéressante, consignée dans un article paru dans la revue Law and Human Behavior. Cette découverte pourrait déboucher sur une procédure d’identification facile à mettre en œuvre en condition réelle.

Les participants à leur expérience ont tout d’abord visionné un enregistrement vidéo mettant en scène un homme tentant de voler une automobile. Immédiatement ou trois semaines plus tard, les témoins ont été invités à identifier ou non le voleur. Pour cela, on leur a présenté la photographie du coupable, ou bien celle d’un suspect innocent ressemblant à la description du délinquant.

Les résultats ont montré que les témoins oculaires ont rarement utilisé de manière spontanée la réponse « Je ne sais pas » (2,2 pour cent). En revanche, quand cette option de réponse leur a été explicitement offerte (condition « Décision libre explicite »), en plus de la possibilité de répondre par Oui (il s’agit bien du coupable) ou Non (il ne s’agit pas du coupable), ils ont été plus nombreux à émettre ce type de jugement (19, 3 pour cent). Et ils ont eu raison de le faire, puisque les analyses ont révélé que cette forme de réponse n’a pas permis de « diagnostiquer » la culpabilité ou l’innocence du suspect.

Par rapport aux décisions prises par les témoins de la condition « Décision forcée », dans laquelle ceux-ci ne pouvaient répondre que par Oui ou par Non, celles prises par les témoins de la condition « Décision libre explicite » ont été plus précises, et ont permis de mieux diagnostiquer la culpabilité et l’innocence du suspect, sans coût associé en terme de quantité de décisions correctes. Si, pour l’ensemble de ces témoins, les décisions sont devenues moins précises avec le temps, la condition « Décision libre explicite » a gardé son avantage sur la condition « Décision forcée ».

La possibilité explicite de répondre « Je ne sais pas », estiment les auteurs, aurait encouragé les témoins à contrôler de manière plus appropriée leur niveau de précision, conduisant notamment certains d’entre eux à ne pas dévoiler une décision qu’ils ont jugée incertaine ou non informative.

Référence :

Weber, N., & Perfect, T. J. (2012). Improving eyewitness identification accuracy by screening out those who say they don’t know. Law and Human Behavior, 36(2), 28-36.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Identification de suspect – Confrontation – Mémoire – Métacognition – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Parades d’identification, reconnaissance des visages et des voix

Crédit photo :

svenwerk
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