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Identification de suspects : le témoignage auditif chez l’enfant

7 octobre 2011 par Frank Arnould

Des différences inattendues ont été relevées entre enfants et adultes ayant participé à une séance d’identification de voix.

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Si les témoignages oculaires ont fait l’objet de nombreux travaux empiriques, ce n’est pas encore le cas pour les témoignages auditifs (voir Yarmey, 2007, pour une synthèse récente de la littérature). Pourtant, les situations dans lesquelles l’identification d’un suspect repose sur sa voix sont probablement assez courantes, par exemple dans les affaires de menace, de harcèlement ou de demande de rançon par téléphone, quand les victimes ont eu les yeux bandés ou encore quand les malfaiteurs ont dissimulé leur visage.

Chez l’enfant, comme le rappellent la psychologue suédoise et ses collègues de l’Université de Göteborg, les études sur le témoignage auditif sont encore moins nombreuses que chez l’adulte (Öhman, Eriksson, & Granhag, 2011). Les recherches publiées jusqu’à présent sont parfois contradictoires, surtout en ce qui concerne la capacité des enfants de 11 à 13 à identifier une voix non familière par rapport aux adultes. L’équipe suédoise a publié récemment une nouvelle recherche sur le sujet, en essayant de rapprocher le plus possible les conditions expérimentales d’une situation réelle de témoignage.

Des enfants de 7 à 9 ans, de 11 à13 ans et des adultes ont surpris une conversation téléphonique de 40 secondes. La personne qui téléphonait, cachée derrière un rideau, semblait préparer un méfait avec son interlocuteur. Deux semaines plus tard, l’ensemble des témoins a participé à une séance d’identification de voix. Leur tâche était de désigner ou non, parmi sept voix, celle qui correspondait à la voix du malfaiteur. Pour une partie des participants, la voix du coupable était bien présente dans le tapissage. Pour l’autre partie des sujets, elle en était absente. Cette dernière condition avait pour but de simuler les situations dans lesquelles le suspect est une personne innocente. Dans ce cas, la bonne décision était d’indiquer que la voix du malfaiteur n’était pas présente (rejet correct).

Seulement 34 % des témoins ont pris une décision correcte dans les différents types de tapissages de voix, confirmant ainsi le fait que l’identification d’une voix peu familière est une tâche difficile. Quand la voix du malfaiteur était présente dans la parade, seuls les enfants de 11 à 13 ans l’ont désigné avec un taux de détection significativement supérieur à celui du niveau de la chance.

Dans l’ensemble, 48 % des participants ont désigné une voix innocente, 44 % quand la voix du coupable était présente dans la parade et 53 % quand elle en était absente. Ce sont les adultes qui ont commis le plus grand nombre d’erreurs d’identification (50 % avec voix du coupable présente et 60 % avec voix du coupable absente), et les enfants de 11 à 13 ans qui en ont commis le moins (36 % avec voix du coupable présente et 49 % avec voix du coupable absente). Les enfants de 7 à 9 ans se sont situés à un niveau intermédiaire (46 % avec voix du coupable présente et 49 % avec voix du coupable absente).

L’équipe de chercheurs a également noté que chez les enfants de 11 à 13 ans, le taux d’erreurs d’identification était corrélé avec le débit de la parole et le ton de la voix des personnes innocentes désignées dans le tapissage, ainsi qu’avec les variations relatives du ton de la voix chez les enfants de 7 à 9 ans. Par contre, chez les adultes, les erreurs d’identification n’étaient corrélées avec aucune de ces trois propriétés de la parole. À partir de ces observations, les psychologues ont recommandé de construire des tapissages de voix destinées aux enfants de telle sorte que les voix sélectionnées pour la parade soient identiques sur ces caractéristiques.

Quand la voix du malfaiteur était présente dans le tapissage, les enfants de 11 à 13 ans n’ont pas plus souvent rejeté par erreur la parade que les adultes. Ces rejets incorrects ont été plus fréquents chez les enfants de 7 à 9 ans que dans les deux autres groupes de sujets. Quand la voix était absente du tapissage, les deux groupes d’enfants, à un niveau identique, ont plus souvent correctement rejeté la parade que les adultes.

Aucune corrélation n’est apparue entre la précision des identifications et la confiance avec laquelle les participants ont indiqué avec pris leur décision. Selon les chercheurs, ce résultat suggère que la confiance exprimée par un témoin n’est pas un indice fiable de l’exactitude de son témoignage auditif.

Le côté positif de l’étude, ont conclu les chercheurs, réside dans le fait que les enfants les plus âgés se sont parfois comportés comme les adultes dans les parades d’identifications de voix et ont même été meilleurs qu’eux sur certains aspects. Toutefois, ont-ils précisé, ces données doivent être prises avec précaution et aucune recommandation pratique ne peut être formulée avant que des recherches supplémentaires ne soient entreprises sur ce groupe d’âge.

Références :

Öhman, L., Eriksson, A., & Granhag, P. A. (2011). Overhearing the planning of a crime : Do adults outperform children as earwitnesses ? Journal of Police and Criminal Psychology, 26(2), 118-127.

Yarmey, A. D. (2007). The psychology of speaker identification and earwitness memory. Dans R. C. L. Lindsay, D. F. Ross, J. . Read, & M. P. Toglia (Éd.), The Handbook of Eyewitness Psychology (Vol. 2, p. 101-136). Mahwah : Lawrence Erlbaum Associates.

Mots clés :

Témoignage auditif – Mémoire – Cognition – Identification de voix – Tapissage de police – Parade d’identification – Mineurs – Enfants d’âge scolaire – Préadolescents – Adultes.

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Crédit photo :

schani
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