Identifications de suspects : complices en tout

21 novembre 2012 par Frank Arnould

La présence d’un complice perturbe l’identification du malfaiteur principal par les témoins oculaires.

PNG - 54.3 ko

Les erreurs d’identification constituent la cause principale de condamnations de personnes innocentes. C’est ce que montrent, par exemple, les données de l’Innocence Project aux États-Unis. Pour cette raison, de nombreuses équipes de recherche à travers le monde ont conduit et publié, depuis une quarantaine d’années, des expériences sur la fiabilité des témoignages oculaires.

Selon Ahmed Megreya, du Département de psychologie de l’Université Menoufia en Égypte, et ses collègues, dans leur majorité, ces travaux présentent aux participants des scènes criminelles dans lesquelles une seule personne commet une infraction. Or, sur le terrain, la présence de plusieurs malfaiteurs est une situation courante.

De quelle manière la présence d’un complice peut-elle alors influencer l’identification du malfaiteur principal ? Pour répondre à cette question, l’équipe d’Ahmed Megreya propose à 534 volontaires de visionner une vidéo dans laquelle un homme ou une femme vole un ordinateur portable dans un bureau. Dans certaines vidéos, le malfaiteur commet l’infraction seul. Dans d’autres, il est accompagné d’un complice de sexe masculin ou féminin. C’est donc six vidéos différentes qui ont été préparées par les chercheurs.

Quelques instants après avoir visionné l’un ou l’autre de ces enregistrements, les participants sont invités à identifier le malfaiteur principal dans des parades d’identification. Pour certains « témoins », le coupable est bien présent dans la parade. Pour d’autres, il en est absent et est remplacé par une personne innocente.

Quand le coupable est présent dans la parade, les résultats montrent que les témoins le désignent plus souvent et commettent moins d’erreurs d’identification si le malfaiteur, homme ou femme, était seul sur les lieux du crime que s’il était accompagné d’un complice, homme ou femme. La présence d’un complice, peu importe son sexe, a donc réduit la fiabilité des témoins oculaires.

Le sexe du complice n’ayant pas d’influence sur les décisions des témoins, alors qu’il s’agit d’une caractéristique traitée précocement et de manière fiable, conduit les chercheurs à penser que l’influence négative du complice sur l’identification du malfaiteur principal reflèterait les difficultés rencontrées par les témoins à partager leur attention entre les deux personnages (malfaiteur et complice). De ce fait, les témoins ne pourraient pas stocker dans leur mémoire des descriptions suffisamment détaillées des visages.

Quand le coupable est absent de la parade, aucune différence statistiquement significative n’est constatée sur les décisions des témoins en fonction de la présence ou non d’un complice ou en fonction du sexe du complice.

« Les résultats suggèrent, par exemple, que le système de justice criminelle devrait respecter la plus grande prudence quand est évaluée la fiabilité des identifications faites par les témoins oculaires dans les affaires criminelles impliquant plusieurs malfaiteurs », concluent les chercheurs (p. 450, notre traduction).

Référence :

Megreya, A. M., & Bindemann, M. (2012). Identification accuracy for single- and double-perpetrator crimes : Does accomplice gender matter ? British Journal of Psychology, 103(4), 439–453. doi:10.1111/j.2044-8295.2011.02084.x

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de suspect – Complice – Fiabilité – Mémoire – Cognition - Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Parades d’identification

Crédit photo :

AntwerpenR
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)