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Identifications de suspects : des influences entre victimes et témoins

14 septembre 2011 par Frank Arnould

La décision d’une victime dans une parade d’identification peut influencer celle d’un spectateur de la scène du crime.

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Au moment de l’agression, les victimes d’un crime sont parfois accompagnées d’amis, de collègues ou de membres de leur famille. Une étude américaine révèle que les déclarations des victimes peuvent influencer celles de ces spectateurs de l’infraction (Carlucci, Kieckhaefer, Schwartz, Villalba, & Wright, 2011).

Un complice des chercheurs a abordé des groupes de personnes (le plus souvent composés de deux individus) sur une plage dans le sud de la Floride. Il s’est adressé à l’un des membres de chaque groupe, désigné comme « acteur », pour lui demander un renseignement, la durée des interactions ayant duré de 10 à 15 secondes. Le ou les autres membres des groupes ont été désignés comme « spectateurs » de la scène.

Une minute plus tard, un assistant de recherche a abordé ces mêmes groupes de personnes et leur a proposé de participer à une étude de psychologie. Il s’est alors adressé à l’acteur (ou à un spectateur) de la scène précédente en lui demandant d’identifier parmi plusieurs photographies celle correspondant au visage de l’individu rencontré quelques instants plus tôt. Puis il s’est adressé au spectateur (ou à l’acteur) et lui a demandé de faire de même. Grâce à cette procédure, la deuxième personne interrogée était donc au courant de la décision prise par la première personne. Par ailleurs, le visage du complice était absent du tapissage. Autrement dit, la parade d’identification était composée uniquement d’individus « innocents ».

Il est apparu que les personnes interrogées en second ont eu tendance à se conformer à la décision prise par les personnes interrogées en premier. Ce conformisme des souvenirs a été plus prononcé chez les spectateurs de la scène que chez les acteurs. Deux raisons possibles ont été évoquées par les chercheurs pour expliquer ce résultat. Les acteurs, ayant directement interagi avec le complice, ont certainement pensé avoir une bonne mémoire de la physionomie de l’individu en question, et ont donc été moins sensibles aux suggestions d’autrui. À l’inverse, les spectateurs de la scène ont pensé que leurs souvenirs du complice étaient probablement de moins bonne qualité que ceux des acteurs. Aussi ont-ils préféré leur faire confiance et se conformer à leurs décisions.

Cette étude suggère donc que le rôle joué par les protagonistes de la scène (acteur/victime ou spectateur/témoin) influencerait la sensibilité aux suggestions d’autrui. D’un point de vue pratique, elle incite à séparer le plus rapidement possible les personnes impliquées dans une affaire criminelle pour recueillir leurs déclarations, et à ne pas divulguer la décision qu’a prise un individu dans un tapissage de police à un autre individu devant lui-même identifier le suspect.

Référence :

Carlucci, M. E., Kieckhaefer, J. M., Schwartz, S. L., Villalba, D. K., & Wright, D. B. (2011). The south beach study : Bystanders’ memories are more malleable. Applied Cognitive Psychology, 25(4), 562-566.

Mots clés :

Témoignage oculaire - Conformisme des souvenirs – Suggestibilité – Mémoire – Parade d’identification – Tapissage de police – Influence sociale – Adultes

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Crédit photo :

c@rljones
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