Identifications de suspects : étude sur le terrain

9 juin 2011 par Frank Arnould

Plus de mille séances d’identification de suspects, réalisées en Angleterre, ont été analysées par une équipe de psychologues. Plusieurs facteurs influençant les décisions des témoins oculaires ont été détectés.

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En Angleterre et au Pays de Galles, la procédure d’identification d’un suspect a été modifiée ces dernières années. Désormais, les policiers utilisent préférentiellement le tapissage vidéo séquentiel. De quoi s’agit-il ? Des clips vidéo du suspect et des figurants, durant chacun environ 15 secondes, sont présentés un à un au témoin. Dans ces enregistrements, la personne filmée (visage et épaules) fixe la caméra, puis montre ses deux profils avant de fixer à nouveau la caméra. La parade d’identification complète est visualisée à deux reprises par le témoin, qui peut ensuite demander de la revoir en totalité ou en partie.

Une équipe de psychologues a analysé plus de mille tapissages de ce type réalisés en Angleterre (Horry, Memon, Wright, & Milne, sous presse). Les résultats ont montré que plusieurs facteurs ont influencé les décisions des témoins ou des victimes. Ainsi, les suspects blancs ont été plus souvent désignés que les suspects noirs, de même que les suspects féminins par rapport aux suspects masculins. Les suspects d’affaires de vol qualifié ont été les moins susceptibles d’être identifiés, par rapport aux suspects d’autres types d’affaires criminelles (infractions sexuelles, cambriolage ou violence, par exemple). Plus du temps s’est écoulé entre le crime et la séance d’identification, plus la probabilité pour les suspects d’être identifiés a tendu à se réduire. En outre, plus la différence d’âge entre suspects et témoins augmentait, plus la probabilité pour le suspect d’être choisi s’est aussi réduite.

Après avoir analysé les facteurs influençant l’identification des suspects, les chercheurs se sont penchés sur ceux influençant le choix d’un figurant dans la parade d’identification. Ils ont observé que les témoins demandant de revoir le tapissage ont plus souvent désigné un figurant et ont donc probablement plus souvent deviné leurs réponses. Ce résultat est inquiétant quand, dans le tapissage, se trouve un suspect innocent et qu’il est choisi par le témoin. En outre, les témoins blancs ont plus fréquemment désigné un figurant que les témoins d’origine sud-asiatique, de même que les témoins de crimes violents par rapport à ceux d’autres types de crime. Plus la différence d’âge entre suspects et témoins augmentait, plus ces derniers ont eu tendance à désigner un figurant.

Les auteurs ont pris soin de rappeler que les études sur le terrain doivent être interprétées avec prudence. Si leur validité écologique est logiquement élevée, les chercheurs ne disposent cependant pas du même contrôle sur les variables que dans les expériences de laboratoire. En outre, dans une expérience de simulation de témoignage, les chercheurs connaissent avec certitude l’identité du coupable. Sur le terrain, cette certitude est plus difficile à établir.

Se pose également le problème des facteurs de confusion. Par exemple, un travail sur le terrain conduit dans l’état de l’Illinois, aux États-Unis, a comparé deux procédures de tapissage : le tapissage simultané (les membres de la parades sont présentés simultanément aux témoins) et le tapissage séquentiel (les membres de la parade sont présentés un à un). Les résultats ont montré que, dans les tapissages simultanés, les témoins ont désigné moins souvent un figurant et ont identifié plus fréquemment le suspect que dans les tapissages séquentiels. Or, il n’est pas possible de conclure avec certitude que les tapissages simultanés ont été supérieurs aux tapissages séquentiels, dans la mesure où seuls ces derniers ont été conduits en double aveugle (Wells, 2008).

Les expériences en laboratoire ne sont pas non plus exemptes de défauts. Les participants servant de témoins dans ces travaux sont généralement des étudiants d’université, une population qui n’est pas représentative de celle des témoins et victimes réels. De plus, les situations de témoignage utilisées, pour des raisons éthiques évidentes, sont loin d’être aussi stressantes que les situations réelles de crime, où l’intégrité physique, et parfois même la vie des personnes, peuvent être engagées. En outre, les témoins réels se sentent certainement plus impliqués quand ils participent à une séance d’identification que les sujets d’experiences de simulation de témoignage, les décisions de ces derniers n’ayant finalement pas de conséquence pour la personne désignée.

Références :

Horry, R., Memon, A., Wright, D. B., & Milne, R. (sous presse). Predictors of eyewitness identification decisions from video lineups in England : A field study. Law and Human Behavior.

Wells, G. L. (2008). Field experiments on eyewitness identification : Towards a better understanding of pitfalls and prospects. Law and Human Behavior, 32(1), 6-10.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de police –Tapissage séquentiel – Mémoire

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grange85
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