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Identifier ou non un visage : confiance, latence de la réponse et exactitude du témoignage

16 mars 2006 par Frank Arnould

Dans un tapissage, l’association entre la confiance qu’exprime un témoin et l’exactitude de son témoignage est plus élevée chez les sujets sélectionneurs (c’est-à-dire, ceux qui identifient un visage) que chez les sujets non sélectionneurs (c’est-à-dire, ceux qui ne font pas de choix). Un résultat similaire a été observé dans les tâches de reconnaissance des visages : l’association est plus forte pour les reconnaissances positives (lorsque le sujet déclare que le visage à reconnaître est ancien, autrement dit qu’il aurait été étudié) que pour les reconnaissances négatives (le visage test est déclaré nouveau). Une telle asymétrie est apparente aussi bien lorsque la relation confiance-exactitude est mesurée par le coefficient de corrélation bisériale de point que par des méthodes de calibrage (voir article sur le site).

A partir de mesures de calibrage, deux études récentes confirment ce résultat. C’est le cas de la recherche de Weber & Brewer (2006) dans une tâche de reconnaissance associative de visages. Dans cette tâche particulière, on présentait aux sujets des visages associés à un indice (un nom, une profession ou une couleur de fond). Au moment du test, des visages étaient présentés avec des indices. La tâche des sujets étaient de décider si chaque visage du test était bien celui qui avait été associé à l’indice pendant la phase d’étude ou si le visage n’avait jamais été présenté. Pour chaque décision, les sujets devaient indiquer la confiance dans leur choix. Les auteurs ont trouvé une association entre la confiance et l’exactitude dans le cas des reconnaissances positives. Par contre, pour les reconnaissances négatives, la confiance n’est pas calibrée avec l’exactitude.

Brewer & Wells (2006) ont montré à nouveau une asymétrie entre les sélectionneurs et les non sélectionneurs dans le tapissage. Les participants de leur étude visionnaient une vidéo décrivant une scène de vol d’une carte de crédit dans un restaurant. Les sujets participaient ensuite à un tapissage avec cible absente ou présente pour le voleur (vu dans la vidéo pendant 23 secondes) et un serveur du restaurant (vu dans la vidéo pendant 72 secondes). Par ailleurs, les tapissages étaient biaisés ou non, et la similitude avec les distracteurs était élevée ou faible. Les auteurs ont également utilisé deux taux de base de tapissages avec cible absente. Les résultats montrent que la relation entre la confiance, mesurée immédiatement après la réponse d’identification, et l’exactitude du témoignage est calibrée chez les sélectionneurs pour les deux stimuli (le voleur et le serveur) et pour toutes les conditions expérimentales. Au contraire, la relation est mal calibrée pour les non sélectionneurs.

Les deux études se sont aussi intéressées au temps de latence pour prendre une décision. Rappelons que certains auteurs estiment que le temps pris pour identifier ou reconnaître un visage pourrait être un bon prédicteur de la précision : plus le temps est court, plus la performance serait précise (Dunning & Perretta, 2002). Weber & Brewer (2006) ont montré que la relation entre la latence de la réponse et l’exactitude est plus forte pour les reconnaissances positives que pour les reconnaissances négatives, retrouvant ainsi l’asymétrie dans la relation confiance et exactitude. Brewer & Wells (2006) ont montré qu’il existe des variations entre le calibrage et la latence de la réponse chez les sélectionneurs, le calibrage étant meilleur chez les sélectionneurs qui répondent rapidement. De telles variations n’existent pas chez les non sélectionneurs.

Références :

Brewer, N., & Wells, G.L. (2006). The confidence-accuracy relationship in eyewitness identification : Effects of lineup instructions, foil similiarity and target absent-base rates. Journal of Experimental Psychology : Applied, 12, 11-30.

Dunning, D., & Perretta, S. (2002). Automaticity and eyewitness accuracy : A 10- to 12 second rule for distinguishing accurate from inaccurate positive identifications. Journal of Applied Psychology, 87, 951-962.

Weber, N., & Brewer, N. (2006). Positive versus negative face recognition decisions : Confidence, accuracy, and response latency. Applied Cognitive Psychology, 20, 17-31.