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Impact de l’identification d’un suspect sur le verdict des jurés

1er février 2008 par Frank Arnould

Lorsqu’un témoin a identifié l’accusé dans une parade d’identification, les jurés accordent un poids très important à cette information pour le juger coupable.

Il existe deux façons de présenter une parade d’identification (ou tapissage) à un témoin ou une victime. Dans la première, la plus courante, le suspect est exposé en même temps que les « distracteurs » (c’est-à-dire, les personnes dont l’innocence est connue). C’est le tapissage simultané. Dans la seconde, les membres de la parade sont montrés un par un. C’est le tapissage séquentiel. Sous une forme ou sous une autre, cette méthode est utilisée au Royaume-Uni et dans certaines juridictions aux Etats-Unis. Par rapport au tapissage simultané, elle permet de réduire les risques d’identification d’un suspect innocent. Le tapissage séquentiel est toutefois l’objet de débats puisqu’il réduirait également les chances d’identifier un suspect coupable (Steblay, Dysar, Fulero et Lindsay, 2001).

Le tapissage séquentiel n’est donc plus aujourd’hui seulement une méthode de laboratoire mais une procédure utilisée lors de séances d’identification réelles. Daniel Wright, de l’Université du Sussex au Royaume-Uni, s’est posé une question judicieuse : est-ce que les jurés d’un procès adaptent leur verdict en fonction de la méthode de tapissage utilisée ?

Dans une expérience qu’il publie dans la revue Memory, des étudiants lisent le cas d’une femme agressée sexuellement, basé sur une histoire vraie. Des preuves compromettant et disculpant l’accusé sont évoquées. Lorsque la victime a identifié l’accusé dans une parade d’identification, les « jurés » sont largement plus nombreux à décider qu’il est coupable du viol, comparativement à l’absence d’identification ou à l’identification d’un distracteur.

De plus, la méthode de tapissage (simultané ou séquentiel) décrite dans la présentation de l’affaire ne change en rien ce résultat. Les jurés traitent donc de manière similaire l’identification obtenue par l’une ou l’autre technique.

Cette étude confirme l’impact puissant de l’identification d’un accusé sur le verdict de culpabilité prononcé par les jurés. Si la victime ou le témoin se sont trompés, le risque d’une erreur judiciaire n’est plus à écarter.

Les jurés peuvent faire confiance à un témoin peu fiable

En 1974, Elizabeth Loftus, spécialiste de la psychologie des témoignages, constate déjà l’influence sérieuse du témoignage sur les jugements de culpabilité. Les participants à l’expérience doivent jouer le rôle de jurés. Leur tâche consiste à décider de la culpabilité d’un homme accusé d’un vol dans une épicerie se terminant dans un bain de sang : le propriétaire du magasin et sa petite-fille sont tués. Dans l’un des scénarios du procès, personne n’a été témoin du crime. 18 % des jurés jugent l’accusé coupable. Lorsqu’est ajouté le témoignage d’un vendeur du magasin affirmant avoir vu et identifié l’accusé, 72 % des personnes le condamnent. Une majorité de jurés (68 %) se prononcent toujours pour la culpabilité après avoir pourtant été informée que le témoin ne portait pas sa paire de lunettes le jour du crime et n’a donc pas pu voir précisément le visage de l’agresseur !

Loftus, E.F. (1974). Reconstructing memory : The incredible eyewitness. Psychology Today, 8, 116-119.

Références :

Steblay, N., Dysart, J., Fulero, S., & Lindsay, R.C.L. (2001). Eyewitness accuracy rates in sequential and simultaneous lineup presentations : A meta-analytic comparison. Law and Human Behavior, 25, 459-473.

Wright, D.B. (2007). The impact of eyewitness identifications from simultaneous and sequential lineups. Memory, 15, 746-754.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Juré, Parade d’identification, Tapissage, Culpabilité, Mémoire, Adultes

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