Inégalités cognitives face aux faux souvenirs ?

28 juillet 2010 par Frank Arnould

Vulnérabilité aux faux souvenirs et profil cognitif seraient associés.

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Matériel de l’Échelle d’intelligence pour adultes de Wechsler (WAIS)

Certaines personnes sont plus enclines que d’autres à introduire dans leurs souvenirs de fausses informations suggérées par un expérimentateur, un autre témoin oculaire, un article de presse ou un policier. Selon les résultats d’une étude publiée par une équipe de recherche sino-américaine (Zhu et al., 2010a), le profil cognitif de ces individus pourrait expliquer leur plus grande vulnérabilité aux distorsions de la mémoire.

Plus de cinq cents étudiants chinois participent à l’expérience. Trente minutes après avoir visionné une série de diapositives décrivant une scène de vol, les sujets lisent un compte rendu du crime contenant plusieurs informations trompeuses. Dix minutes plus tard, leur mémoire des faits est évaluée à l’aide d’un test de reconnaissance à choix multiple. Dans les items critiques de cette tâche de mémoire, les personnes choisissent entre l’information suggérée dans le récit, le fait réel vu dans la diapositive ou un fait totalement nouveau. Les participants indiquent ensuite la source de leurs souvenirs : diapositives, récit ou les deux.

Les participants sont également soumis à différentes épreuves cognitives : tests d’intelligence, de mémoire, de perception et de jugement facial (reconnaissance de visages et d’expressions émotionnelles).

Dans la majorité des cas, la performance dans ces différents tests cognitifs est corrélée négativement et significativement [1] au niveau de faux souvenirs d’informations trompeuses. Néanmoins, les analyses révèlent que ce sont surtout les personnes ayant de plus faibles aptitudes intellectuelles et de moindres compétences visuelles et auditives qui sont les plus sensibles aux illusions mnésiques. La vulnérabilité aux faux souvenirs n’est donc pas le simple résultat de lacunes liées au fonctionnement de la mémoire.

Les facteurs cognitifs ne peuvent toutefois pas expliquer seuls la vulnérabilité aux faux souvenirs d’informations suggérées. Une recherche récente montre en effet que les personnes les plus susceptibles d’intégrer dans leur mémoire différentes informations trompeuses présentent une combinaison de caractéristiques cognitives et de personnalité (Zhu et al., 2010b). La formation de faux souvenirs est aussi tributaire de facteurs contextuels.

Références :

Zhu, B., Chuansheng, et al. (2010a). Individual differences in false memory from misinformation : Cognitive factors. Memory, 18(5), 543-555.

Zhu, B., Chuansheng, et al. (2010b). Individual differences in false memory from misinformation : Personality characteristics and their interactions with cognitive abilities. Personality and Individual Differences, 48(8), 889-894.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Faux souvenirs induits – Informations trompeuses – Intelligence – Perception – Jugement facial – Mémoire – Aptitude cognitive – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédit photo :

Paul Jerry
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[1] Les corrélations statistiquement significatives restent faibles à modérées, variant de -0,13 à -0,35.