Influence sociale et mémoire

29 janvier 2006 par Frank Arnould

La mémoire des témoins est encore plus vulnérable aux suggestions erronées qu’aux suggestions correctes.

Le 19 avril 1995, une bombe explose dans un immeuble d’Oklahoma City aux États-Unis. Le bilan de l’attentat est terrible : 168 morts, dont des enfants, et plus de 600 blessés.

Au cours de l’enquête qui suivit, l’enregistrement de la caméra de surveillance de l’Elliot Body Shop révéla que l’auteur du massacre, Timothy McVeigh, y loua seul la camionnette ayant servi à l’attentat. Ce fait fut confirmé par le propriétaire du magasin et l’un de ses employés. Pourtant, un mécanicien affirma qu’un complice accompagnait McVeigh. Sa force de conviction concernant cette information fut telle qu’il réussit à en convaincre ses deux collègues. Il s’avéra que le mécanicien avait probablement confondu ce deuxième personnage avec un client en rien impliqué dans l’affaire !

Dans trois expériences, Daniel Wright et ses collègues cherchent à mieux comprendre les processus ayant permis au mécanicien de convaincre deux autres personnes. Dans les deux premières études, les participants étudient des mots (Expérience 1) ou des automobiles (Expérience 2) avant d’essayer de les reconnaître parmi un ensemble de stimuli nouveaux. Chaque personne effectue cette tâche de reconnaissance en compagnie d’un complice de l’expérimentateur. Ce dernier, répondant toujours en premier, donne parfois de mauvaises réponses. Par exemple, il affirme avoir étudié un item qui est en fait inédit. Dans la troisième étude, les participants doivent reconnaître des visages, seuls ou en compagnie d’un partenaire. Dans ce dernier cas, chaque membre de la paire répond dans l’une des deux colonnes prévues à cet effet sur la même feuille. Ainsi, chacun voit les réponses données par l’autre.

Les résultats montrent que les réponses d’une personne influencent significativement celles de son partenaire. Cette influence est exacerbée quand la suggestion est incorrecte ! Le mécanicien de l’Elliot Body Shop a donc pu facilement convaincre à tort ses deux collègues d’un complice inexistant. En revanche, il aurait eu plus de difficulté à les persuader à raison de l’absence de ce second personnage !

Référence :

Wright, D.B., Mathews, S.A., & Skagerberg, E.M. (2005). Social recognition memory : The effect of other people’s responses for previously seen and unseen items. Journal of Experimental Psychology : Applied, 11(3), 200-209.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Influence sociale, Mémoire, Cognition, Suggestibilité, Adultes