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Interrogatoires répétés, délai et contexte dans les témoignages d’enfants

29 janvier 2007 par Frank Arnould

Les enfants témoins ou victimes sont souvent interrogés à plusieurs reprises. La littérature a montré que la répétition des entretiens peut avoir des effets aussi bien positifs que négatifs. Les enfants peuvent ainsi rappeler des éléments qui n’ont pas été rapportés lors d’un entretien antérieur (phénomène de réminiscence). Au fur et à mesure des interrogatoires, les enfants peuvent rappeler un plus grand nombre d’informations (phénomène d’hypermnésie). Toutefois, la répétition des entretiens peut aussi réduire la précision des informations nouvellement rappelées.

La Rooy, Pipe et Murray (2007) ont étudié l’impact que pourraient avoir des entretiens répétés sur la mémoire d’un événement auquel ont participé des enfants de 5 à 6 ans. Ceux-ci étaient d’abord interrogés immédiatement après l’événement dans un environnement différent, puis à deux occasions six mois plus tard. Lors du premier entretien tardif, les enfants étaient interrogés en restaurant de manière parfaite ou imparfaite l’environnent initial. Dans ce dernier cas, certains élément du contexte d’origine sont absents et des éléments nouveaux (les distracteurs) sont ajoutés. D’autres enfants sont interrogés sans restauration du contexte. Vingt-quatre heures plus tard, tous les enfants sont à nouveau interrogés sans aucune restauration du contexte d’origine.

Plusieurs résultats sont à retenir :

- le fait d’interroger les enfants en réinstaurant le contexte a atténué l’impact du délai sur le rappel des éléments corrects. Le niveau de rappel a ainsi chuté de 27 % lorsque les enfants ont été interrogés dans les situations de restauration du contexte mais de 50 % dans l’autre cas ;
- la précision des informations rappelées est meilleure lorsque les enfants ont été interviewés dans un contexte parfaitement restauré ;
- de façon surprenante, les informations répétées par les enfants sont plus précises lorsqu’elles le sont entre l’entretien immédiat et le premier entretien à six mois (donc après un long délai) qu’entre les deux entretiens différés, séparés seulement de 24 heures ;
- les auteurs n’ont pas constaté de phénomène d’hypermnésie entre les deux entretiens à six mois ;
- plus de la moitié des enfants interrogés dans une situation de restauration imparfaite du contexte ont fait référence, au moins une fois, à un élément distracteur (nouveau) et ces erreurs ont pu persister dans le deuxième entretien tardif, vingt-quatre heures plus tard.

Référence :

La Rooy, D.L., Pipe, M.E., & Murray, J.E. (2007). Enhancing children’s event recall after long delays. Applied Cognitive Psychology, 21, 1-17.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Mémoire, Interrogatoire répété, Restauration du contexte, Enfant