• Accueil
  • Actualités
  • Interroger les délinquants sexuels : les enquêteurs doivent-ils faire preuve d’empathie ?

Interroger les délinquants sexuels : les enquêteurs doivent-ils faire preuve d’empathie ?

27 septembre 2012 par Frank Arnould

En analysant les retranscriptions d’interrogatoires de personnes suspectées d’actes de pédophilie, des chercheurs ont découvert que l’empathie des policiers importe moins que le type de questions utilisées pour obtenir des informations pertinentes.

PNG - 106.6 ko

L’équipe dirigée par Gavin Oxburgh, du département de psychologie de l’Université de Teeside, à Middlesbrough, au Royaume-Uni, a analysé vingt-six retranscriptions écrites d’interrogatoires de personnes soupçonnés d’actes de pédophilie. Le premier objectif de l’étude était de savoir si la manifestation d’empathie envers les suspects de la part des policiers avait permis d’obtenir un plus grand nombre d’informations pertinentes pour le déroulement de l’enquête. Les résultats ont montré que ce n’était pas le cas.

Le deuxième objectif était de savoir si le type de question employé influençait le nombre d’informations pertinentes obtenues auprès des suspects. Les résultats ont montré que c’était clairement le cas. Pour faire ce constat, les chercheurs ont distingué les questions appropriées des questions inappropriées. Les premières faisaient référence à l’utilisation de questions ouvertes (« Racontez-moi cela »), de questions exploratoires (probing questions, en anglais) et d’identification (« Que s’est-il passé ensuite ? »), d’encouragements et d’appréciations (« Très bien , continuez ! »).

Les secondes incluaient les questions faisant écho au propos du suspect (suspect : « Je l’ai peut-être fait » ; policier : « Vous l’avez peut-être fait ? »), les questions fermées (« Vous êtes-vous rendu à cet endroit ? »), celles incitant le suspect à choisir entre plusieurs options (choix forcé), les questions dirigées, celles exprimant des opinions sur l’affaire et les formulations contenant plusieurs questions.

Les chercheurs ont constaté que pour une question appropriée posée, les policiers avaient utilisé en moyenne trois questions inappropriées. Pourtant, ils ont aussi observé que le plus grand nombre d’informations pertinentes pour l’enquête était obtenu à l’aide des questions appropriées. Les policiers ont peu utilisé les questions ouvertes, une technique pourtant recommandée par les experts. Pour une question ouverte posée, ils ont posé, en moyenne, vingt-trois questions fermées.

Selon les auteurs, leur étude serait la première à s’intéresser aux comportements des policiers questionnant des personnes soupçonnées de pédophilie à partir d’une analyse du contenu d’interrogatoires recueillis sur le terrain. Leur conclusion est que l’empathie des policiers importe moins que le type de questions utilisées pour obtenir des informations pertinentes de la part des suspects (p. 267).

Si le dernier point confirme les résultats d’autres travaux, l’influence de l’empathie sur les déclarations d’un suspect reste un domaine encore à défricher. Et ce, d’autant plus que cette étude n’aborde pas certains aspects qui pourraient être importants. Par exemple, les chercheurs n’ont eu aucune information sur le degré d’empathie des policiers avant le début de l’interrogatoire. De plus, les retranscriptions des interrogatoires ne leur ont pas permis d’évaluer les comportements non verbaux d’empathie ou encore la tonalité de l’interrogatoire instaurée par les enquêteurs.

Le nombre restreint d’interrogatoires utilisés pour les analyses devraient aussi inciter à la prudence concernant la généralisation des résultats sur l’empathie.

L’effet du type de question sur les témoignages d’enfants victimes d’agressions sexuelles

En utilisant la même classification des questions que celle employée par l’équipe de Gavin Oxburgh (voir plus haut), des chercheurs ont découvert que des enfants victimes d’agressions sexuelles produisaient un plus grand d’informations pertinentes sur l’affaire (79 %) quand les policiers avaient utilisé des questions appropriées plutôt qu’inappropriées (Phillips, Oxburgh, Gavin, & Miklebust, 2012). Pour obtenir des informations intéressantes de la part des enfants, le type de questions importait plus que le nombre total de questions posées.

Les questions appropriées les plus courantes chez les policiers étaient les questions exploratoires ainsi que les formulations d’encouragement et d’appréciation. Le recours aux questions ouvertes a été moins fréquent.

Ces résultats ont été constatés dans les analyses de vingt-et-un entretiens conduits par des policiers anglais avec des enfants ayant subi des agressions sexuelles, âgés de cinq à quinze ans.

Références :

Oxburgh, G., Ost, J., & Cherryman, J. (2012). Police interviews with suspected child sex offenders : does use of empathy and question type influence the amount of investigation relevant information obtained ? Psychology, Crime & Law, 18(3), 259-273. doi:10.1080/1068316X.2010.481624

Phillips, E., Oxburgh, G., Gavin, A., & Myklebust, T. (2012). Investigative interviews with victims of child sexual abuse : The relationship between question type and investigation relevant information. Journal of Police and Criminal Psychology, 27(1), 45-54. doi:10.1007/s11896-011-9093-z

Mots clés :

Interrogatoire – Délinquance sexuelle – Pédophilie – Suspect – Questionnement – Empathie – Policiers – Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Entretiens et interrogatoires

Crédit photo :

svenwerk
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)