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Interroger les enfants : une version française du protocole du NICHD

30 juillet 2009 par Frank Arnould

Le protocole du NICHD permet de recueillir des témoignages de qualité auprès d’enfants présumés victimes d’agressions sexuelles. L’efficacité d’une version française de cette procédure vient d’être testée.

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Développé sur la base de recommandations faites par les experts du témoignage, le protocole du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD), aux États-Unis [1], est un entretien structuré insistant sur l’utilisation des questions ouvertes (comme les invitations libres du type « Raconte-moi tout ce qui s’est passé ») et guidant l’interviewer tout au long de l’interrogatoire d’enfants présumés victimes d’agressions sexuelles. Plus de 40 000 entretiens auraient déjà été menés dans différents pays à l’aide de cette procédure, dont l’efficacité a été démontrée à plusieurs reprises (voir, Lamb Hershkowitz, Orbach, & Esplin, 2008, pour une synthèse récente de la littérature scientifique sur le protocole).

Récemment, Mireille Cyr, de l’Université de Montréal au Québec, et Mickael Lamb, de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni, ont testé l’intérêt d’une version française du protocole NICHD (version disponible à l’adresse suivante : http://nichdprotocol.com/the-nichd-...). Quatre-vingt-trois entretiens de ce type, conduits par des policiers et des travailleurs sociaux québécois, ont été comparés à 83 autres entretiens, recueillis avant que ces professionnels ne soient formés à la nouvelle technique [2]. Les entretiens ont été menés auprès d’enfants âgés de 3 à 13 ans, présumés victimes d’agressions sexuelles.

Conformément aux données obtenues par ailleurs, l’utilisation de la version française du protocole NICHD a notamment incité les interviewers à utiliser un plus grand nombre d’invitations libres (trois fois plus que dans les entretiens hors protocole), même avec les enfants les plus jeunes, et à limiter l’usage des questions dirigées, à option et suggestives (deux fois moins que dans les entretiens hors protocole). Ces résultats sont importants, car le questionnement ouvert permet de recueillir des informations plus précises. Le protocole a permis également de poser un moins grand nombre de questions (25 % en moins que dans les entretiens hors protocole), tout en permettant d’obtenir des détails intéressants de la part des enfants. De plus, les invitations libres posées avant la première question à options sont plus nombreuses dans les entretiens menés avec le protocole que hors protocole.

L’intérêt du protocole du NICHD se confirme dans l’analyse des réponses faites par les enfants. Quel que soit leur âge, ceux-ci ont notamment communiqué un plus grand nombre de détails lorsqu’ils ont été interrogés au moyen de cette procédure par rapport aux entretiens hors protocole. Les données indiquent aussi que les enfants plus âgés (de 8 à 13 ans) sont ceux qui bénéficient le plus des invitations libres dans le protocole, en y donnant des réponses plus riches et détaillées que celles fournies à ce type de questions dans les entretiens hors protocole [3].

« […] l’étude confirme que le protocole d’entretien d’investigation du NICHD est un outil utile pour interroger les victimes présumées d’agressions sexuelles, parmi lesquelles les enfants d’âge préscolaire, en aidant les interviewers francophones à recourir davantage aux questions ouvertes, qui font plus appel au rappel qu’à la reconnaissance, tout en réduisant le recours aux questions potentiellement contaminantes », concluent les auteurs (p. 266, notre traduction).

Références :

Cyr, M., & Lamb, M. E. (2009). Assessing the effectiveness of the NICHD investigative interview protocol when interviewing French-speaking alleged victims of child sexual abuse in Quebec. Child Abuse & Neglect, 33(5), 257-268.

Lamb, M.E., Hershkowitz, I., Orbach, Y., & Esplin, P.W. (2008). Tell me what happened : Structured investigative interviews of child victims and witnesses. Chichester : John Wiley & Sons.

Lamb, M.E., Sternberg, K.J., orbach, Y., Esplin, P.W., Stewart, H., Mitchell, S. (2003). Age differences in young children’s responses to open-ended invitations in the course of forensic interviews. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 70(5), 926-934.

Mots clés :

Agressions sexuelles - Abus sexuels - Témoignage - Entretien - Protocole du NICHD - Enfants d’age préscolaire - Enfant d’âge scolaire - Préadolescents - Adolescents

Lecture supplémentaire en français :

Cyr, M., & Dion, J. (2006). Quand des guides d’entrevue servent à protéger la mémoire des enfants : l’exemple du protocole NICHD. Revue Québécoise de Psychologie, 27(3), 157-175.

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche - Témoignages d’enfants

Sur le web :

Traduction complète du protocole NICHD en Français

Crédit photo :

Sazzy B
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Le protocole du NICHD a été développé conjointement par des chercheurs américains et israéliens.

[2] Pour la première fois, ces professionnels n’avaient pas été formés par les personnes ayant mis au point le protocole du NICHD.

[3] Dans une étude publiée en 2003, Michael Lamb et ses collaborateurs ont interrogé à l’aide du protocole du NICHD des enfants âgés 4 à 8 ans, présumés victimes d’agressions sexuelles. Environ 50 % des détails concernant les faits ont été obtenus après des invitations de la part de l’interviewer, quel que soit l’âge des enfants. Ce résultat montrent que même les enfants très jeunes peuvent donc répondre de manière informative de cette manière.