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Interroger les enfants victimes d’agressions sexuelles : le protocole NICHD, version 2007

10 mars 2008 par Frank Arnould

Michael Lamb et ses collègues font le bilan de plusieurs années de recherche sur le protocole NICHD, un ensemble de guides pour interroger plus efficacement les enfants victimes présumées d’abus sexuels.

En 2000, des scientifiques du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD) aux États-Unis publiaient, avec leurs collaborateurs israéliens, la première version d’un protocole d’interrogation d’enfants victimes présumés d’agressions sexuelles. Développée à partir des connaissances issues de la recherche concernant la mémoire, les aptitudes cognitives, communicatives et sociales des enfants, la procédure repose essentiellement sur l’utilisation des questions ouvertes. Des questions ciblées sont certes permises, mais uniquement en fin d’entretien, particulièrement pour préciser des points soulevés par les enfants.

En 2007, une partie des scientifiques de l’équipe initiale fait le bilan de plusieurs années de recherche sur l’efficacité du protocole, dans un article publié dans la revue Child Abuse & Neglect (Lamb, Orbach, Hershkowitz, Esplin, & Horowitz, 2007). On y apprend que le protocole NICHD a été utilisé dans plus de 40 000 entretiens. L’analyse de la littérature montre que cette procédure permet d’améliorer la qualité des informations obtenues de la part des victimes présumées.

Les auteurs de l’article reconnaissent que ce protocole n’est pas la panacée. En particulier, il n’est pas encore adapté à l’interrogation des enfants qui sont réticents à dévoiler les agressions dont ils ont été victimes, et de ceux qui souffrent de difficultés intellectuelles ou mentales. Des variantes de la procédure sont en cours de développement pour l’ajuster aux exigences de ces populations particulières [1].

Un suivi et une formation continue permettent de favoriser l’application du protocole par les enquêteurs. En Israël, par exemple, tous les intervieweurs participent régulièrement à des sessions de formation supervisées par des pairs.

La procédure complète et détaillée du protocole NICHD, dans sa révision 2007, est donnée en annexe de l’article.

Un peu de méthode

En résumé, les différentes phases du protocole NICHD sont les suivantes (d’après Lamb et al., 2007) :

Phase d’introduction. L’intervieweur se présente, clarifie à l’enfant la tâche qu’il doit accomplir (décrire des événements en détail et dire la vérité). Il explique les règles de communication de base (l’enfant peut dire « Je ne sais pas », « Je ne me souviens pas », « Je ne comprends pas », et corriger l’intervieweur si nécessaire). Des questions permettant de savoir si l’enfant comprend la distinction entre la vérité et le mensonge sont posées dans certaines juridictions.

Phase de contact (rapport-building phase). Elle comprend deux parties. Dans la première, l’enquêteur crée un climat détendu et positif et un lien avec l’enfant. Dans la seconde, on demande à l’enfant de se souvenir en détail d’un événement neutre. Cela permet à l’enfant de se familiariser avec le questionnement libre utilisé ensuite lors de l’investigation des agressions sexuelles présumées et de lui faire prendre conscience du niveau de détail qui lui sera demandé.

Phase de transition. Des incitations sont introduites de manière non suggestive et la plus ouverte possible, afin d’aborder les événements qui font l’objet de l’entretien. L’enquêteur peut utiliser des incitations de plus en plus précises mais formulées avec la plus grande prudence si l’enfant n’identifie pas les événements en cause. Quand l’enfant fait une allégation, la phase de rappel libre commence.

Phase de rappel libre. Des incitations et des invitations à se souvenir librement des événements sont proposées à l’enfant. Afin d’en savoir plus, l’intervieweur peut poser des questions ouvertes comme « Que s’est-il passé ensuite ? » ou « Tout à l’heure, tu as parlé d’une personne/d’un objet/d’une action. Dis-moi tout ce que tu sais à ce propos. », faisant référence à des détails mentionnés par l’enfant lui-même.

Phase de questionnement directif. Seulement après l’entretien libre, l’enquêteur peut commencer à utiliser des questions directives (« Quand cela s’est-il passé ? », « De quelle couleur était la voiture ? »), toujours en référence avec ce que l’enfant a dit afin d’en savoir plus. Si des détails cruciaux manquent toujours, un nombre limité de questions à choix forcé ou pour lesquelles l’enfant peut répondre par oui ou par non peuvent être posées (« Est-ce que tu as eu mal ? », « Est-ce qu’il t’a touché par dessus ou en dessous de tes vêtements ? »). Il est fortement déconseillé à l’enquêteur d’utiliser des phrases suggestives, contenant une information attendue, mais jamais exposée par l’enfant.

Référence :

Lamb, M. E., Orbach, Y., Hershkowitz, I., Esplin, P. W., & Horowitz, D. (2007). A structured forensic interview protocol improves the quality and informativeness of investigative interviews with children : A review of research using the NICHD Investigative Interview Protocol. Child Abuse & Neglect, 31(11-12), 1201-1231.

Mots-clés :

Agressions sexuelles - Abus sexuels - Entretien - Protocole NICHD - Formation professionnelle des enquêteurs - Enfants

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[1] Il existe déjà des variantes du protocole NICHD pour l’interrogation des témoins et des jeunes suspects d’agressions sexuelles.