Ivresse alcoolique : blackout sur les souvenirs

16 septembre 2011 par Frank Arnould

Une enquête révèle les sources, souvent peu fiables, utilisées par les adultes pour reconstruire les souvenirs oubliés par la consommation d’alcool.

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Certaines personnes ne se souviennent plus de ce qu’elles ont fait alors qu’elles étaient ivres. Ce « blackout » mnésique peut poser un sérieux problème au cours d’investigations judiciaires quand ces individus ont été témoins ou victimes d’un crime, voire même s’ils sont suspectés de l’avoir commis. Comme le révèle une enquête réalisée au Royaume-Uni, auprès de 280 étudiants âgés de 18 à 47 ans, les personnes ayant connu de tels trous de mémoire sont généralement très motivées pour reconstruire ce passé oublié. Leurs sources d’informations sont-elles néanmoins fiables ?

Le blackout mnésique lié à l’alcool semble être une situation courante. En effet, 85 % des personnes interrogées indiquent consommer de l’alcool, et 61 % d’entre elles admettent avoir connu des épisodes d’amnésie alcoolique totale ou partielle. Pour combler de telles lacunes dans leurs souvenirs, ces individus indiquent s’en remettre surtout à d’autres personnes qui avaient été présentes sur les lieux et … elles-mêmes alcoolisées au moment des faits !

Environ 17 % des participants ayant connu des expériences de blackout indiquent que des informations fausses leur avaient été divulguées sur ce qui s’était passé pendant leur période d’ivresse. Ces suggestions trompeuses, disent-ils, leur avaient été communiquées la plupart du temps par une personne ivre pendant les faits. Autrement dit, ces individus accordent plus de foi aux témoignages d’individus alcoolisés tout en admettant être plus susceptibles d’être trompés par eux ! Il est aussi possible que l’entourage ivre ne constituait que la seule source d’informations disponible.

Toutefois, quand elles prennent conscience d’avoir été trompées, ces personnes sont plus motivées à rechercher des informations à partir de photographies ou d’enregistrement de l’évènement, mais aussi de toute autre preuve physique. Chez les participants ayant reconnu avoir été mal informés, 11, 5 % admettent avoir cru à l’existence d’un faux évènement suggéré et 3,4 % reconnaissent en avoir formé un faux souvenir.

La majorité des participants de l’enquête indique avoir été consultée pour aider une personne cherchant à reconstruire son blackout. Ces informateurs tendent à consommer plus d’alcool que les non-informateurs. Ils sont aussi très nombreux (75,6 %) à avouer avoir divulgué involontairement à la personne des détails inexacts. Vingt-et-un pour cent admettent aussi avoir délibérément fabriqué des détails ou inventé un récit complet de l’évènement.

Cette étude suggère donc que les personnes souffrant de blackout mnésique lié à l’alcool comblent leurs trous de mémoire en s’informant préférentiellement auprès de sources peu fiables, à savoir d’autres personnes alcoolisées au moment des faits. Par conséquent, leur reconstruction de ces moments d’ivresse oubliés peut être entachée d’erreurs.

Référence :

Nash, R. A., & Takarangi, 0. (2011). Reconstructing alcohol-induced memory blackouts. Memory, 19(6), 566-573.

Mots clés :

Témoignage oculaire - Ivresse - Alcool - Faux souvenirs - Amnésie - Mémoire autobiographique - Stratégie - Adultes

Crédit photo :

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