Juger les souvenirs

10 avril 2009 par Frank Arnould

Policiers, juges ou jurés utilisent leurs intuitions sur le fonctionnement de la mémoire pour évaluer la qualité et la crédibilité de témoignages. Ont-ils, en particulier, une bonne compréhension de l’influence de la motivation sur la performance mnésique ?

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Juges et jurés peuvent être surpris de constater que l’accusé ne se souvient pas d’informations pourtant importantes. Ces oublis peuvent être feints, bien sûr, mais peuvent aussi refléter le fonctionnement normal de la mémoire. Dans une étude parue dans Psychological Science, Karim Kassam, de l’Université d’Harvard, États-Unis, et ses collègues, montrent que les participants motivés à se souvenir de certaines informations avant la phase d’étude s’en souviennent mieux que les participants motivés à le faire au moment de la remémoration. Suspects, témoins ou accusés peuvent donc oublier certains évènements cruciaux parce qu’ils ne les considéraient pas comme tels ou moment où il les ont vécus.

Les chercheurs font aussi une constatation peut-être plus surprenante. Ils observent que d’autres participants devant prédire la performance mnésique des « mémorisateurs » ne sont pas sensibles au fait que la motivation à se souvenir est plus efficace avant l’étude qu’après. En effet, ces personnes considèrent que les mémorisateurs se souviendront d’autant de faits dans les deux cas. Ces données, concluent les psychologues, indiquent clairement que « les théories des personnes concernant les effets de la motivation sur la mémoire sont imparfaites » (p. 552, notre traduction).

Référence :

Kassam, K.S., Gilbert, D.T., Swencionis, & Wilson, T.D. (2009). Misconceptions of memory : The Scooter Libby effect. Psychological Science, 20(5), 551-552.

Mots-clés :

Témoignage – Motivation - Mémoire – Oubli – Métamémoire – Métacognition – Cognition - Adultes

Crédit photo :

Applejan
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