Jurés face à l’alcool

18 mars 2010 par Frank Arnould

Témoins et victimes d’un crime sont parfois sous l’emprise de l’alcool au moment des faits. Comment les jurés d’un procès perçoivent-ils la crédibilité de leurs témoignages  ?

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La mémoire des témoins oculaires n’est pas toujours très fiable et la consommation d’alcool peut aggraver le phénomène. Les jurés d’un procès accordant une place importante aux témoignages, comment perçoivent-ils un témoin alcoolisé au moment des faits  ? L’alcoolisation influence-t-elle leurs décisions  ?

Ces questions font l’objet d’une étude publiée par une équipe de psychologues américains (Evans & Compo, 2010). Dans cette expérience, les participants doivent se prononcer sur une affaire de justice dont ils viennent de lire le compte rendu [1]. Celle-ci décrit une agression sexuelle ou non sexuelle au cours de laquelle l’un des témoins (la victime ou un passant) est ou non sous l’emprise de l’alcool. Les seules preuves dont disposent ces « jurés » expérimentaux sont l’identification de l’accusé par le témoin, ainsi que la découverte au domicile du prévenu d’un couteau semblable à celui utilisé pour l’agression. L’accusé dispose néanmoins d’un alibi.

Les « jurés » estiment que les capacités mentales du témoin alcoolisé étaient détériorées au moment des faits. Cependant, la dégradation n’est pas perçue comme étant plus importante quand la consommation d’alcool a été excessive que lorsqu’elle a été modérée.

Les attitudes des participants vis-à-vis de l’alcool et leurs habitudes liées à la consommation de boissons alcoolisées n’influencent pas la façon dont ils perçoivent la dégradation cognitive des témoins alcoolisés, ce qui aussi le cas concernant le statut du témoin (victime ou passant) et la nature de l’agression (sexuelle ou non sexuelle).

Plus les capacités mentales du témoin sont perçues comme étant détériorées, plus la crédibilité de son témoignage (c’est-à-dire l’identification de l’accusé) est remise en cause. Un témoignage jugé crédible conduit plus souvent à un verdict de culpabilité. L’effet de l’intoxication alcoolique sur le verdict est en fait médiatisé par la perception de la dégradation cognitive et de la crédibilité du témoignage.

Références :

Evans, J. R., & Schreiber Compo, N. (2010). Mock jurors’ perceptions of identifications made by intoxicated eyewitnesses. Psychology, Crime & Law, 16(3), 191-210.

Mots clés :

Consommation d’alcool - Crédibilité des témoignages – Identification de suspect – Parade d’identification – Tapissage de police – Confrontation – Juré – Verdict – Culpabilité - Adultes

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[1] Les participants se sont connectés à un site web pour participer à l’expérience. Comme souvent dans les études expérimentales portant sur les décisions de jurés, les sujets analysent et jugent l’affaire individuellement. Or, au cours d’un procès, les jurés prennent leur décision après délibération.