L’amnésie, le criminel et l’expert

8 mars 2010 par Frank Arnould

Les meurtriers déclarant souffrir d’une amnésie des faits sont-ils différents des meurtriers sans amnésie ? Comment se déroule leur expertise psychiatrique ? Enquête en Norvège.

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Une équipe de chercheurs norvégiens a analysé cent deux dossiers d’expertises psychiatriques. Conduites sur une période de cinq ans dans leur pays, elles portaient exclusivement sur l’évaluation de meurtriers [1]. Les résultats ont montré que dix-sept accusés (soit 16,6 % de l’échantillon) ont affirmé être atteints d’une amnésie totale des faits. Vingt-six personnes (soit 25,4 % de l’échantillon) ont déclaré en avoir une amnésie partielle. Tous ces individus ne se différenciaient d’aucune manière des personnes sans amnésie en termes de caractéristiques sociodémographiques et de profil criminel [2].

Face aux déclarations d’amnésie, les experts (plusieurs psychiatres et un psychologue) ont utilisé les mêmes méthodes que celles employées avec les individus sans amnésie. Ils se sont penchés essentiellement sur les données fournies par la police, l’examen clinique et différentes informations apportées par des parties tierces. Aucun test de mémoire standardisé n’a été utilisé. Ce genre d’épreuve n’a été employée qu’une seule fois, chez un accusé n’ayant pas rapporté d’amnésie des faits. Aucune méthode appropriée n’a été appliquée afin d’estimer la possibilité d’une amnésie simulée.

L’évaluation de l’authenticité d’une amnésie dans une affaire criminelle est une tâche extrêmement difficile. Les auteurs de cette étude ont proposé que des recommandations nationales mais aussi internationales soient développées afin de faciliter le travail des experts.

Référence :

Grøndahl, P., Værøy, H., & Dahl, A. A. (2009). A study of amnesia in homicide cases and forensic psychiatric experts’ examination of such claims. International Journal of Law and Psychiatry, 32(5), 281-287.

Mots clés :

Amnésie – Crime – Expertise psychiatrique

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RaeA
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[1] À notre connaissance, il n’existe pas d’étude similaire française récente et publiée dans la littérature scientifique. Il faut donc rester particulièrement prudent quant à la généralisation des données norvégiennes à la France.

[2] Sexe, pays de naissance, niveau d’étude, statut civil, statut professionnel, soins psychiatriques antérieures, précédentes condamnations et expertises légales antérieures.