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L’effet de l’évolution de la certitude d’un témoin sur les jurés

24 septembre 2007 par Frank Arnould

Au cours du temps, un témoin peut être de plus en plus certain d’avoir identifié l’auteur d’un délit ou d’un crime. Les jurés sont sensibles à ces changements. Cependant, leurs jugements sur la crédibilité du témoin et sur la culpabilité de l’accusé sont influencés par la façon dont ils attribuent la causalité de l’élévation de la certitude. C’est ce qu’indiquent trois expériences réalisées par une équipe de chercheurs américains et australiens, publiées dans la revue Law and Human Behavior.

En 1981, Larry Fuller, un ancien combattant de la guerre du Vietnam, est condamné au Texas à cinquante années de prison pour viol aggravé. Au cours d’un premier tapissage, la victime a jugé qu’il ressemblait beaucoup à l’agresseur mais sans être positive à son égard. Lors d’un second tapissage organisé plus tard, la victime sélectionna Fuller mais, cette fois, elle jugea avec certitude qu’il était bien le violeur. Au cours du procès, les jurés n’ont pas été informés de l’évolution de la certitude de la victime concernant l’identification de Fuller. Après une délibération qui dura seulement 35 minutes, ils condamnèrent l’accusé. En 2006, une analyse ADN permit d’innocenter Fuller, qui aura passé 25 années en prison.

C’est par cette histoire que les psychologues Eric Jones, Kipling Williams et Neil Brewer introduisent une série de trois expériences publiéés dans la revue Law and Human Behavior. La question qu’ils se posent est la suivante : si les jurés avaient été informés de l’incertitude initiale de la victime, auraient-ils prononcé un verdict différent à l’encontre de Larry Fuller ?

La réponse dépend de la façon dont les jurés peuvent expliquer pourquoi le niveau de certitude du témoin s’est élevé. Lorsqu’ils attribuent cette élévation au fait que le témoin a pu analyser et comprendre d’une manière nouvelle la situation (par exemple : « la victime était effrayée au moment de la première identification », « elle a eu plus de temps pour réfléchir à la situation et lui donner du sens »), les jurés jugent le témoin plus crédible et l’accusé probablement coupable. Les autres types d’attribution [1] conduisent les jurés à discréditer le témoin et, dans certaines expériences, à penser que la culpabilité de l’accusé est moins probable.

Référence :

Jones, E.F., Williams, K.D., & Brewer, N. “I had a confidence epiphany !” : Obstacles to combating post-identification confidence inflation. Law and Human Behavior, 32(2), 164-176.

Mots-clés :

Crédibilité du témoignage, Culpabilité, Attribution, Jurés, Confiance, Tapissage

Site Web :

Le cas Larry Fuller sur le site Innocence Project.


[1] L’élévation du niveau de confiance est ici attribué à des objectifs stratégiques de la part du témoin (par exemple, « la victime essaye d’être plus confiante devant la cour afin d’être crue par les jurés) ou à une contamination des souvenirs (par exemple, « le fait de voir le visage à plusieurs reprises a conduit la victime à être plus confiante »).