L’effet du stress sur la mémoire émotionnelle

9 janvier 2008 par Frank Arnould

Le stress éprouvé par un témoin ou une victime, avant ou durant un crime, pourrait améliorer sa mémoire à long terme des informations chargées d’émotion mais détériorer celle des informations émotionnellement neutres.

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Jessica Payne, du département de psychologie de l’Université d’Harvard aux Etats-Unis, et ses collaborateurs, ont suscité un stress psychosocial chez des étudiants avant l’acquisition (ou encodage) d’un diaporama accompagné d’un récit chargé ou non d’émotions. L’induction du stress a été efficace puisqu’elle a provoqué une libération accrue des hormones habituellement sécrétées dans ce type de situation, mais elle a eu d’autres effets. Elle a ainsi amélioré la mémoire à long terme des épisodes émotionnels et détérioré celle des épisodes émotionnellement neutres. En outre, les « témoins » stressés ont généré un plus grand nombre de faux souvenirs d’informations neutres.

Toutefois, l’influence du stress psychosocial n’a pas les mêmes effets sur la mémoire émotionnelle selon le moment où il est éprouvé. Les résultats obtenus par l’équipe de Jessica Payne ont été observés lorsque le stress est induit avant l’encodage. Une expérience publiée par Sabrina Kuhlmann et ses collègues de l’Institut de psychologie expérimentale de l’Université de Düsseldorf en Allemagne, montre qu’un tel stress administré avant la remémoration détériore la récupération différée des informations. Cependant, la mémoire des informations émotionnelles en souffre plus que celle des informations neutres. Le stress d’un interrogatoire peut donc fragiliser le témoignage.

Est-ce que le stress perturbe le fonctionnement de la mémoire des témoins et des victimes ou, au contraire, lui est bénéfique ? Manifestement, la réponse à cette question est complexe. L’influence du stress sur la mémoire dépend notamment (mais pas seulement) du moment où il est éprouvé et de la charge émotionnelle des événements. Pour quelle raison ? Certainement parce que la mémoire est sensible aux effets différentiels des hormones libérées au cours du stress (les glucocorticoïdes, comme le cortisol, et les catécholamines, comme la noradrénaline) sur les différentes régions du cerveau impliquées (amygdale, hippocampe et cortex préfrontal).

Références :

Kuhlmann, S., Piel, M., & Wolf, O.T. (2005). Impaired memory retrieval after psychosocial stress in healthy young men. The Journal of Neuroscience, 25, 2977-2982.

Paynes, J.D., Jackson, E.D., Hoscheidt, S., Ryan, L., Jacobs, W.J. & Nadel, L. (2007). Stress administered prior to encoding impairs neutral but enhances emotional long-term episodic memories. Learning & Memory, 14, 861-868.

Mots-clés :

Stress, Traumatisme, Emotion, Mémoire, Faux souvenirs, Hormones du stress, Encodage, Récupération, Cognition, Adultes

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K. Sawyer Photography
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