L’effet du stress sur le contenu des souvenirs chez l’enfant

12 septembre 2013 par Frank Arnould

Une étude révèle l’influence conjointe du niveau de stress vécu et du comportement de l’interviewer sur le contenu des souvenirs d’enfants et d’adolescents.

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Plusieurs études en laboratoire et sur le terrain ont montré l’influence qu’exerce le comportement de l’enquêteur sur la qualité des souvenirs des enfants qu’il interroge. Quand il se comporte de manière chaleureuse, est souriant et apporte un soutien social, les enfants font des déclarations plus informatives, plus précises, et résistent mieux aux suggestions (Almerigogna, Ost, Bull, & Akehurst, 2007 ; Quas & Lench, 2007 ; Teoh & Lamb, 2013).

Une nouvelle étude (Klemfuss, Milojevich, Yim, Rush, & Quas, 2013) révèle l’action conjointe du stress et du comportement de l’interviewer sur le contenu des souvenirs chez des enfants (de 7 à 8 ans) et des adolescents (de 12 à 14 ans). Les chercheurs leur proposent, individuellement, de se présenter oralement et de résoudre des problèmes d’arithmétique devant deux observateurs inconnus, tout en sachant que leur prestation est filmée. Dans la condition fortement stressante, les observateurs restent neutres et se montrent froids ; les enfants sont aussi prévenus que l’enregistrement vidéo de la séance sera ensuite analysé par des experts. Dans la condition moins stressante, les observateurs se montrent chaleureux et soutiennent les enfants ; ces derniers sont aussi informés que l’enregistrement constitue une simple sauvegarde au cas où les observateurs n’auraient pas pu tout noter.

Deux semaines plus tard, les enfants sont interrogés sur la séance par un interviewer chaleureux et leur apportant un soutien social ou par un interviewer froid et peu enclin à s’impliquer socialement avec ses jeunes interlocuteurs. Le contenu des déclarations faites par les enfants est ensuite exploré à l’aide d’un logiciel d’analyse linguistique. Les chercheurs sont plus particulièrement intéressés par les termes qui décrivent des états internes, comme des opérations cognitives (penser, parce que, devrait, pourrait, peut-être…) ou des émotions ressenties.

Les résultats indiquent que les termes cognitifs sont plus nombreux dans les propos des participants ayant vécu un stress élevé tout en étant interrogé par un interviewer qui les soutient socialement. Pour les chercheurs, cela indique que, dans ce cas de figure, enfants et adolescents sont encouragés à analyser plus profondément leur expérience. Le contexte de l’interview est donc particulièrement important quand des enfants doivent se souvenir d’évènements stressants.

Une différence en fonction du sexe est observée. Les garçons de 7 à 8 ans ayant vécu la version la moins stressante de la situation expérimentale ont utilisé un moins grand nombre de termes cognitifs que tous les autres groupes de participants.

Les termes émotionnels positifs sont plus nombreux dans les récits des adolescents que dans ceux de leurs camarades plus jeunes. Ils sont également plus fréquents quand l’interviewer apporte un soutien social à ses interlocuteurs. Aucune différence statistiquement significative n’est constatée pour les termes émotionnels négatifs.

Les auteurs notent aussi que les termes de relativité (faisant référence au passage du temps, au mouvement, à une localisation) sont plus nombreux chez les adolescents que chez les enfants, notamment parce que les plus jeunes font très peu référence au temps. Ils sont moins fréquents chez les participants ayant vécu un stress élevé que chez ceux ayant vécu un stress faible. Aucune différence n’a été constatée concernant les termes sociaux, faisant référence à la famille, à des amis ou toute autre personne.

Selon les chercheurs, leur étude est la première à montrer que ce que disent les enfants et les adolescents du passé dépend à la fois du stress vécu (codage des informations) et de la manière dont se comporte l’interviewer (contexte de récupération des informations).

Références :

Almerigogna, J., Ost, J., Bull, R., & Akehurst, L. (2007). A state of high anxiety : how non-supportive interviewers can increase the suggestibility of child witnesses. Applied Cognitive Psychology, 21(7), 963‑974. doi:10.1002/acp.1311

Klemfuss, J. Z., Milojevich, H. M., Yim, I. S., Rush, E. B., & Quas, J. A. (2013). Stress at encoding, context at retrieval, and children’s narrative content. Journal of Experimental Child Psychology, 116(3), 693‑706. doi:10.1016/j.jecp.2013.07.009

Quas, J. A., & Lench, H. C. (2007). Arousal at encoding, arousal at retrieval, interviewer support, and children’s memory for a mild stressor. Applied Cognitive Psychology, 21(3), 289‑305. doi:10.1002/acp.1279

Teoh, Y. S., & Lamb, M. (2013). Interviewer demeanor in forensic interviews of children. Psychology, Crime & Law, 19(2), 145‑159. doi:10.1080/1068316X.2011.614610

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

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Alan Cleaver
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