L’effet trans-ethnique en contexte (2)

27 juin 2008 par Frank Arnould

Les témoins se souviendraient moins bien des circonstances dans lesquelles ils ont rencontré un suspect d’une ethnie différente de la leur.

Nous avons des difficultés à reconnaître les visages d’une ethnie différente de la nôtre. Le risque d’identifier par erreur de tels visages est même plus élevé. Ce phénomène est suffisamment sérieux pour être pris en compte par les policiers au cours de leurs investigations.

Les psychologues Ruth Horry et Daniel B. Wright viennent, une fois de plus, de confirmer la réalité de cet effet trans-ethnique (cross-race effect, own-race bias, ou other-race effect). Les étudiants Blancs de leur étude reconnaissent plus fréquemment à tort des visages inconnus de personnes de couleur noire que ceux de personnes de couleur blanche. Les deux psychologues font aussi une découverte plus originale. Quand les participants déclarent avoir identifié des personnes de couleur noire, ils commettent un plus grand nombre d’erreurs sur le contexte dans lequel celles-ci sont apparues que dans les cas où ils déclarent avoir identifié des personnes de couleur blanche.

Un témoin doit non seulement se souvenir de l’apparence physique d’un malfaiteur mais aussi des circonstances dans lesquelles il l’a rencontré. Se tromper sur celles-ci peut le conduire à identifier une personne lui semblant familière mais, dans les faits, totalement innocente. Autrement dit, il désigne un suspect pensant l’avoir vu sur les lieux du crime, alors que leur rencontre s’est produite ailleurs ou à un autre moment. Une telle méprise a conduit Larry Bostic, américain d’origine africaine, à passer dix-neuf années en prison. Accusé de viol et de vol, il fut disculpé suite à des analyses ADN. La victime, qui l’avait désigné dans une parade d’identification, reconnut alors qu’elle l’avait en fait probablement croisé les jours précédant l’agression. Ce type d’erreur serait donc plus fréquent quand le suspect appartient à une autre ethnie de celle du témoin.

La découverte faite par Ruth Horry et Daniel Wright est également à mettre en parallèle avec les résultats d’une autre expérience. Représenter à des « témoins » hispaniques les informations contextuelles d’origine les aide à identifier les visages hispaniques mais ne leur permet pas de mieux reconnaître les visages de personnes de couleur noire (Evans, Marcon & Meissner, 2009).

Un peu de méthode

L’expérience menée par Ruth Horry et Daniel Wright se déroule de la façon suivante. Cinquante-huit étudiants Blancs d’une université britannique ont pour objectif de mémoriser plusieurs séries de visages de personnes de couleur noire ou blanche. Chacun de ces visages est présenté sur l’un des cinq fonds d’image suivants : une photo d’une salle de classe, d’une usine, d’une prison, d’un terrain de basket ou un simple fond gris.

A la fin de chaque série, les participants sont invités à reconnaître les visages étudiés (désormais présentés sur un fond blanc) parmi ceux de personnes inconnues. S’ils déclarent avoir identifié un visage, on leur propose alors de reconnaître le contexte dans lequel il est apparu, c’est-à-dire l’image de fond.

Références :

Evans, J.R., Marcon, J.L, & Meissner, C.A. (2009). Cross-racial lineup identification : The potential benefits of context reinstatement. Psychology, Crime, & Law, 15(1), 19-28.

Horry, R., & Wright, D.B. (2008). I know your face but not where I saw you : Context memory is impaired for other-race faces. Psychonomic Bulletin & Review, 15(3), 610-614.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Identification des visages, Reconnaissance des visages, Mémoire contextuelle, Transfert inconscient, Effet trans-ethnique, Cognition, Adultes

A lire également sur PsychoTémoins :

L’effet trans-ethnique en contexte (1)