L’effet trans-ethnique en contexte (1)

10 juin 2008 par Frank Arnould

Les informations contextuelles d’un crime peuvent-elles aider un témoin à mieux identifier un suspect appartenant à un groupe ethnique différent du sien ?

Nous reconnaissons mieux les visages appartenant à notre groupe ethnique que ceux issus d’une ethnie différente. Dans ce dernier cas, nous commettons même plus fréquemment des erreurs de mémoire, en reconnaissant à tort des visages qui nous sont en fait inconnus. Ce phénomène est donc une source non négligeable d’erreurs d’identification commises par des témoins. Une étude indique pourtant que les jurés sont peu sensibles à ce facteur lorsqu’ils jugent la crédibilité d’un témoignage et lorsqu’ils rendent leur verdict (Abshire & Bornstein, 2003).

Existe-il une stratégie permettant de réduire cet effet trans-ethnique ? Dans une expérience, la psychologue Jacqueline R. Evans et ses collègues testent la technique consistant à restaurer les informations contextuelles. Quatre-vingt-deux étudiants d’origine hispanique doivent étudier des visages hispaniques (endogroupe ethnique) et afro-américains (exogroupe ethnique). Chaque visage est présenté avec des informations contextuelles : le nom, la matière principale étudiée à l’université et le hobby de la personne. Quelques minutes plus tard, les sujets tentent de les reconnaître dans des parades d’identification dans lesquelles ils sont présents et dans des parades dans lesquelles ils sont absents. Cette dernière situation simule les tapissages où le suspect est innocent. La bonne réponse est ici de déclarer qu’aucun visage ne correspond à celui ayant été étudié. Avant chaque parade, l’expérimentateur fournit aux participants des informations contextuelles plus ou moins riches (soit le nom, soit le nom, la matière principale étudiée et le hobby). Dans certains cas, aucun de ces éléments ne sont communiqués (situation contrôle).

Globalement, un effet trans-ethnique est observé : les visages hispaniques sont mieux identifiés que les visages afro-américains. Une analyse plus fine montre que la stratégie de restauration du contexte permet aux participants de mieux identifier les visages hispaniques. Par contre, elle n’a pas d’effet sur l’identification des visages afro-américains. Autrement dit, cette technique ne réduit pas l’effet trans-ethnique.

Références :

Abshire, J. & Bornstein, B.H. (2003). Juror sensitivity to the cross-race effect. Law and Human Behavior, 27(5), 471-480.

Evans, J.R., Marcon, J.L, Meissner, C.A. (2009). Cross-racial lineup identification : The potential benefits of context reinstatement. Psychology, Crime, & Law, 15(1), 19-28.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Parade d’identification, Tapissage, Mémoire, Restauration du contexte, Cognition, Effet trans-ethnique, Adultes.

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