L’émergence précoce du mensonge chez l’enfant

30 janvier 2013 par Frank Arnould

L’aptitude à mentir spontanément émerge vers 2 ans et est liée au développement cognitif des enfants.

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Selon les résultats d’une nouvelle étude (Evans & Lee, à paraître), les enfants commenceraient à mentir spontanément vers deux ans. Pour faire ce constat, les psychologues ont proposé, individuellement, à des enfants de deux et trois ans de deviner l’identité d’objets cachés à partir du son qu’ils émettaient. À un moment donné, l’expérimentateur prétextait vouloir consulter un livre et demandait aux enfants de ne pas regarder le prochain jouet.

En fait, 80 % des enfants n’ont pas résisté à la tentation et ont jeté un œil sur l’objet en question. Plus l’âge augmentait, plus les enfants enfreignaient la consigne. Quand l’expérimentateur a demandé à ces enfants s’ils avaient regardé l’objet, 40 % d’entre eux ont menti, un quart des enfants de deux ans et la majorité des enfants de trois ans. Cependant, très peu d’enfants ont été capables de maintenir ce mensonge à une nouvelle question piège et ont laissé échapper l’identité de l’objet que l’expérimentateur leur avait demandé de ne pas regarder.

Les résultats ont également montré que les enfants réussissant mieux dans des tâches mesurant les fonctions exécutives mentaient plus que les enfants obtenant de moins bons scores [1]. Les fonctions exécutives sont des activités cognitives de haut niveau permettant l’adaptation, la régulation et le contrôle de la pensée et du comportement (inhibition, mémoire de travail, flexibilité, planification, etc.).

Pour les chercheurs, le mensonge émergerait précocement et son évolution serait liée aux progrès cognitifs des enfants. Aussi, « les plus jeunes enfants ne seraient pas moralement plus inclinés à dire la vérité, mais ils seraient moins susceptibles de raconter des mensonges parce que leurs fonctions exécutives seraient plus fragiles [que celles de leurs camarades plus âgés] » (notre traduction).

L’évolution du mensonge chez l’enfant

Les psychologues Victoria Talwar, de l’Université McGill et Kang Lee, de l’Université de Toronto, au Canada, ont proposé en 2008 un modèle de l’évolution du mensonge chez l’enfant. Ce modèle distingue trois types de mensonge (p. 877) :

-  Mensonges primaires (vers 2-3 ans) : les enfants sont capables de faire des déclarations délibérément fausses, bien qu’il soit encore difficile de savoir s’il s’agit de véritables mensonges (intentions de tromper autrui) ;
-  Mensonges secondaires (vers 4 ans) : les enfants mentent en sachant que leur interlocuteur ne connaît pas la vérité et peut donc être la proie de croyances fausses ;
-  Mensonges tertiaires (vers 7-8 ans) : les enfants deviennent de plus en plus capables d’élaborer un discours cohérent avec leur mensonge.

Références :

Evans, A. D., & Lee, K. (à paraître). Emergence of lying in very young children. Developmental Psychology. doi:10.1037/a0031409

Talwar, V., & Lee, K. (2008). Social and cognitive correlates of children’s lying behavior. Child Development, 79(4), 866–881. doi:10.1111/j.1467-8624.2008.01164.x

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[1] Ce sont surtout les scores dans une tâche demandant aux enfants d’inhiber une réponse inappropriée et d’en produire une nouvelle conflictuelle qui étaient associés au progrès du mensonge.