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L’identification d’un suspect : un biais lié à l’habillement du malfaiteur ?

9 février 2007 par Frank Arnould

Dans quelle mesure l’identification d’un suspect peut-elle être biaisée si celui-ci porte, au moment de la confrontation avec le témoin, un vêtement identique ou différent de celui du malfaiteur ?

Imaginons la scène suivante : une personne est témoin d’un vol en pleine rue. Grâce à sa description du voleur, un individu est arrêté dans la zone géographique où a eu lieu le vol, en particulier parce qu’il porte des vêtements identiques à ceux portés par le malfaiteur. Dans quelle mesure l’identification du suspect peut-elle être biaisée si celui-ci porte les mêmes vêtements que ceux portés par le malfaiteur lors la confrontation avec le témoin, en particulier si le suspect est innocent ? La recherche publiée récemment par Dysart, Lindsay et Dupuis (2006) apporte de nouveaux éléments de réponse à cette question. Dans leur étude, les témoins sont abordés par une personne qui porte un vêtement distinctif ou plus commun. Au cours de la confrontation, les participants doivent décider si l’individu, présenté seul, est bien celui rencontré précédemment. Le suspect porte alors un vêtement identique (condition biaisée) ou différent (condition non biaisée) de celui porté lors de la rencontre. En outre, dans la situation de confrontation où un suspect innocent est présenté, la ressemblance avec la personne réellement rencontrée par le témoin est faible ou élevée.

Est-ce que le suspect innocent risque d’être identifié par erreur plus souivent dans la condition biaisée que dans la condition non biaisée ? Les résultats de l’expérience indique que l’identification du suspect innocent n’est pas influencée significativement par la condition d’habillement au moment de la confrontation quand la personne rencontrée par le témoin porte un vêtement banal [1]. Des différences statistiquement significatives apparaissent lorsque celle-ci est vêtue de manière distinctive. Cinquante pour cent des témoins ont alors identifié par erreur le suspect innocent fortement ressemblant dans une confrontation biaisée, contre 23 % dans une confrontation non biaisée. Quand le suspect innocent est peu ressemblant, les pourcentages sont respectivement de 37 % et 0 %.

Que se passe-t-il si le suspect innocent porte un vêtement distinctif similaire à celui de la personne rencontrée mais pas complètement semblable ? Si le suspect innocent est fortement ressemblant et arbore ce type de vêtement au moment de la confrontation, 50 % des témoins l’identifient par erreur, taux similaire à la condition biaisée. Lorsqu’il s’agit d’un suspect innocent peu ressemblant, 14 % des témoins l’identifient par erreur. Ce pourcentage est supérieur à celui obtenu dans la condition non biaisée (0 %) et inférieur à celui constaté dans la condition biaisée (37 %).

En résumé, les auteurs considèrent que le biais induit par l’habillement au cours d’une confrontation serait inexistant lorsque le malfaiteur porte un vêtement ordinaire au moment de l’infraction (p. 1019). Ce biais se rencontrerait surtout dans les situations quand le malfaiteur porte un vêtement distinctif. Un risque d’erreur d’identification est alors possible même dans le cas où le suspect innocent porte un vêtement similaire à celui du malfaiteur mais sans être complètement semblable. Ce risque est d’autant plus élevé que le suspect innocent ressemble fortement au malfaiteur.

Référence :

Dysart, J.E., Lindsay, R.C.L., & Dupuis, P.R. (2006). Show-ups : The critical issue of clothing bias. Applied Cognitive Psychology, 20, 1009-1023.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Confrontation, Identification du suspect, Erreur d’identification, Mémoire, Vêtement, Adulte.


[1] Cela ne veut pas dire qu’aucune erreur d’identification n’a été commise, les résultats montrant le contraire. Seulement, les différences entre les conditions expérimentales ne sont pas considérées comme statistiquement significatives