L’identification d’un visage chez l’enfant anxieux

21 août 2012 par Frank Arnould

Une étude suggère que, chez le jeune enfant, l’anxiété n’aurait aucun effet sur l’identification d’un visage pendant un tapissage, sauf dans des circonstances limitées.

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Malgré l’importance légale du problème, le rôle de l’anxiété sur l’identification d’un visage chez l’enfant a fait l’objet d’un nombre restreint d’études expérimentales. Selon l’équipe canadienne dirigée par Ryan Fitzgerald, de l’Université de Regina, ces travaux ne donnent pas une image claire de cette influence. Les psychologues ont également noté que, dans les expériences publiées, les situations stressantes étaient comparées à des situations non stressantes qualitativement différentes. Par conséquent, certaines caractéristiques des évènements autres que le stress produit ont pu peser sur les résultats.

Pour éviter cet écueil, les chercheurs ont proposé aux enfants de leur expérience, âgés de quatre à cinq ans, de vivre exactement la même situation, à savoir des leçons privées de natation. Une partie des enfants a toutefois vécu l’apprentissage de la nage avec anxiété. Les séances duraient 25 minutes. Certains enfants ont bénéficié de quatre leçons (deux leçons par semaines sur deux semaines), alors que les autres n’ont eu droit qu’à une seule séance.

Quatre semaines après la première leçon ou quatre semaines après la séance unique, les enfants ont été invités à désigner ou non leur monitrice de natation dans une parade d’identification (ou tapissage). Pour certains enfants, la monitrice était bien présente parmi les figurantes de la parade. Pour les autres, elle en était absente, son visage ayant été remplacé par celui d’une figurante. Un an plus tard, une seconde séance d’identification a été organisée, en suivant les mêmes principes que ceux de l’identification initiale.

Dans la première séance d’identification, les enfants ont globalement pris de bonnes décisions. Quand la monitrice était présente dans la parade, 65,8 % des participants l’ont désignée et 31,6 % ont pris des décisions incorrectes (désigner une figurante ou indiquer que la monitrice ne figurait pas dans la parade). Quand la monitrice était remplacée par une figurante, 54,8 % des enfants ont indiqué qu’elle ne figurait pas dans la parade (rejets corrects) et 40,5 % ont commis des erreurs d’identification en désignant une figurante (la différence entre rejets corrects et erreurs d’identification n’était cependant pas statistiquement significative). Aucune relation entre le niveau d’anxiété et la précision des décisions n’a été constatée dans les deux types de parade.

Un an plus tard, la monitrice n’a plus été identifiée que dans 24,1 % des cas, les enfants ayant plus souvent désigné une figurante à sa place (72,4 %). Le niveau d’anxiété n’a eu aucun effet sur la précision des décisions. Quand la monitrice était absente de la parade, les enfants sont restés globalement précis. Ils ont indiqué plus souvent qu’elle ne figurait pas dans la rangée de personnes (62,1 %) qu’ils n’ont commis d’erreurs d’identification (34,4 %).

Toutefois, dans le détail, les enfants anxieux ont commis plus d’erreurs qu’ils n’ont exprimé de rejets corrects, alors que les enfants sans anxiété ont exprimé plus de rejets corrects qu’ils n’ont commis d’erreurs d’identification. De plus, les rejets corrects ont été moins nombreux chez les enfants anxieux par rapport à la première séance d’identification, alors qu’ils ont été plus nombreux chez les enfants sans anxiété. En résumé, l’anxiété a influencé, en l’occurrence de manière négative, les décisions des enfants seulement dans la parade ne présentant pas la monitrice et après un long délai de rétention.

Les auteurs ont reconnu plusieurs limites à leur expérience. Par exemple, les enfants ont pu interagir de manière prolongée avec la personne qu’ils ont eu ensuite à identifier. Par conséquent, les résultats de l’étude ne seraient généralisables qu’à certaines situations de témoignages oculaires. La rareté des études portant sur le rôle de l’anxiété dans l’identification d’un visage chez l’enfant incite de toute manière à la prudence concernant toute tentative de généralisation.

Référence :

Fitzgerald, R. J., Price, H. L., & Connolly, D. A. (2012). Anxious and nonanxious children’s face identification. Applied Cognitive Psychology, 26(4), 585–593. doi:10.1002/acp.2833

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de police – Mémoire – Cognition – Anxiété – Émotion – Stress – Mineurs – Enfants d’âge préscolaire

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

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