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L’impact du témoignage d’un complice et de celui d’un co-détenu sur la décision des jurés

3 juillet 2007 par Frank Arnould

Est-ce que les accusations proférées par un complice ou un co-détenu, témoignant en échange d’une réduction de peine, influencent le verdict des jurés ?

Jeffrey Neuschatz et plusieurs collaborateurs ont publié dans Law et Human Behavior les résultats de deux expériences montrant que les jurés [1] jugent plus souvent coupable un accusé lorsqu’est présenté le témoignage d’un co-détenu (jailhouse informant)ou bien celui d’une personne à qui l’accusé aurait fait des aveux, ou encore le témoignage d’un complice des meurtres [2]. Pour décider de la culpabilité de l’accusé, les jurés ne tiennent absolument pas compte du fait que les témoignages du complice et du co-détenu ont pu être obtenus en échange d’une réduction de peine pour l’un, et d’une récompense en argent pour l’autre. Quand les jurés doivent expliquer les motivations des témoins, ils commettent « l’erreur fondamentale » dans leurs explications, un biais d’attribution bien connu en psychologie sociale. Ainsi, ils invoquent préférentiellement des causes personnelles pour expliquer les raisons qui ont poussé les témoins à livrer leurs allégations (« Le témoin se sent coupable », « Il se sent désolé pour la famille de la victime »...). Par contre, ils négligent les facteurs situationnels comme la réduction de peine ou l’argent obtenus en échange du témoignage.

Pour illustrer leur travail, Neuschatz et ses collaborateurs relatent le cas de l’américain Rick Walker, condamné à vingt cinq ans de prison pour le meurtre de son ex-fiancée, Lisa Hopewell. La condamnation a été prononcée notamment sur la base du témoignage d’un co-accusé dont les empreintes digitales ont été retrouvées sur le lieu du crime. Il a désigné Walker comme étant l’auteur du meurtre. Une peine réduite lui avait été promise s’il témoignait en ce sens, fait qui n’avait pas été communiqué à l’avocat de la défense pendant le procès. Si l’on en croit les résultats des expériences citées plus haut, cette information n’aurait pas modifié le verdict des jurés ! En 2003, Walker, innocenté, est libéré après avoir passé douze ans en prison. Il reçut 400 000 dollars de compensation. En 2004, Mark Swanson, un autre suspect, plaida coupable pour le meurtre de Lisa Hopewell.

Référence :

Neuschatz, J.S., Lawson, D.S., Swanner, J.K., Meissner, C.A., & Neuschatz, J.S. (sous presse). The effects of accomplice witnesses and jailhouse informant on jury decision making. Law and Human Behavior, 32(2), 137-149.

Mots-clés :

Témoignage d’un complice, Témoignage d’un co-détenu, Culpabilité, Juré, Erreur fondamentale


[1] Les sujets de l’expériences jouent le rôle de jurés. Ils doivent décider de la culpabilité de l’accusé après lecture de la retranscription du procès.

[2] Comparativement à l’absence de tels témoins.