• Accueil
  • Actualités
  • L’influence de la répétition des interrogatoires et de l’intervalle de rétention sur la relation confiance-exactitude du témoignage.

L’influence de la répétition des interrogatoires et de l’intervalle de rétention sur la relation confiance-exactitude du témoignage.

11 décembre 2006 par Frank Arnould

La confiance d’un témoin dans ses souvenirs est souvent interprétée comme un indice de la qualité de ses souvenirs : un policier ou des jurés auront plus tendance à prendre en compte les propos d’un témoin qui indique être certain à 90 % qu’il a bien identifié le malfaiteur plutôt que ceux d’un autre qui exprime un doute. Toutefois, des études montrent qu’inférer l’exactitude d’un témoignage à partir des niveaux de confiance est problématique : ces deux variables ne sont pas toujours fortement corrélées. De plus, la relation confiance-exactitude pourrait être modulée par différents facteurs.

L’objectif de la recherche de Odinot et Wolters (2006) est justement d’étudier l’influence de deux variables sur la relation entre confiance et exactitude du témoignage : la répétition des interrogatoires et l’intervalle de rétention entre l’événement et le premier entretien avec les témoins. Le choix de ces deux facteurs se comprend aisément : il est courant que des témoins soient interrogés à plusieurs reprises et que le délai entre le délit et le premier entretien soit plus ou moins long.

Dans cette étude, des témoins sont confrontés à un accident de la circulation (présenté sous forme d’un film vidéo). Ils doivent ensuite répondre à un questionnaire sur l’événement. La réponse « je ne sais pas » est permise lorsqu’ils ne se souviennent pas d’éléments du film.

Comme on peut s’y attendre, lorsque l’intervalle de rétention augmente entre l’événement et le premier interrogatoire (une, trois ou cinq semaines), le nombre de réponses « je ne sais pas » augmente (la différence est significative uniquement entre les témoins interrogés une et cinq semaines après l’accident). Autrement dit, lorsque l’intervalle de rétention augmente, les témoins peuvent répondre à un nombre plus restreint de questions. De plus, lorsque le délai s’accroit, le nombre de souvenirs corrects diminue. L’implication pratique de ce résultat et du précédent serait, dans la mesure du possible, d’interroger le témoin rapidement après le délit. Enfin, les auteurs ont également constaté que le niveau de confiance à tendance à diminuer si le moment du premier entretien est différé.

Le fait de répéter les interrogatoires (une, trois et cinq semaines ou trois et cinq semaines après l’événement [1]) ne semble pas avoir d’incidence sur les niveaux de confiance et sur l’exactitude des souvenirs. Ces résultats ne sont pas en phase avec ceux d’études qui montrent que des rappels répétés améliorent la mémoire mais peuvent aussi favoriser des rappels de souvenirs incorrects. Des travaux ont aussi montré que la répétition a également tendance à accroître la confiance des témoins au fur et à mesure des rappels. Il est probable que ces désaccords trouvent leur solution dans l’analyse du matériel et des procédures utilisés dans ces recherches.

Une même explication devrait également permettre de comprendre les différences des corrélations confiance-exactitude du témoignage obtenues par Odinot et Wolters et celles d’autres travaux. Celles-ci sont ici plutôt élevées, notamment après un intervalle de rétention court. De plus, elles changent peu avec la répétition des interrogatoires.

Pour les auteurs, leur étude montre que lorsque les conditions expérimentales sont valides écologiquement [2] et que les témoins ont la possibilité d’exprimer qu’ils ne se souviennent pas, ceux-ci peuvent alors être précis dans leur souvenirs. De plus, les interrogatoires répétés n’auraient alors pas d’influence notable sur l’exactitude de leur témoignage et sur la confiance dans leurs souvenirs.

Référence :

Odinot, G., & Wolters, G. (2006). Repeated recall, retention interval and the accuracy-confidence relation in eyewitness memory. Applied Cognitive Psychology, 20, 973-985.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Mémoire, Cognition, Intervalle de rétention, Interrogatoire répété, Confiance, Exactitude du témoignage.

A lire également sur PsychoTémoins :

"Je suis certain que c’est lui" : les relations confiance et exactitude dans les témoignages.


[1] Des témoins étaient interrogés un seule fois, cinq semaines après l’accident

[2] Une expérience est dite valide écologiquement lorsqu’elle essaye de reproduire des conditions réelles