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L’oubli des agresssions sexuelles infantiles : amnésie ou suppression de pensée ?

22 janvier 2008 par Frank Arnould

Elke Geraerts, de l’Université de Maastricht aux Pays-Bas, poursuit avec ses collaborateurs l’exploration des souvenirs retrouvés d’agressions sexuelles infantiles. Leur nouvelle étude montre que certaines victimes auraient écarté intentionnellement de leurs pensées ces souvenirs avant de les retrouver spontanément.

La psychologue Elke Geraerts et ses collaborateurs ont découvert récemment que les souvenirs d’agressions sexuelles infantiles retrouvées spontanément après une période d’oubli sont corroborés par les faits aussi souvent que celles qui n’ont jamais été oubliées. Par contre, aucune preuve externe n’a pu valider les souvenirs d’agressions retrouvées graduellement au cours d’une psychothérapie (Geraerts et coll., 2007). Les souvenirs retrouvés spontanément sont donc vraisemblablement plus véridiques que ceux récupérés pendant une thérapie suggestive [1].

Dans une nouvelle recherche publiée dans la revue Memory, Elke Geraerts et ses collaborateurs ont constaté que les personnes s’étant souvenues spontanément d’agressions sexuelles infantiles évitaient plus facilement et intentionnellement de penser à un événement autobiographique négatif que celles qui les avaient retrouvés au cours d’une thérapie, ne les avaient jamais oubliés ou n’avaient jamais subi de tels sévices.

Ce résultat signifie que ces victimes feraient en sorte de ne plus penser aux agressions. Pour les auteurs de l’étude, ceci pourrait expliquer, au moins en partie, pourquoi elles ont l’impression subjective d’avoir « refoulé » ces souvenirs pendant plusieurs années. Mais comme le rappelle avec raison le psychologue Richard McNally, dans son importante synthèse de la littérature portant sur la mémoire des expériences traumatiques : ne plus penser à des faits est une chose différente de ne pas être capable de s’en souvenir.

Références :

Geraerts, E., McNally, R.J., Jelici, M., Merckelbach, H., & Raymaekers, L. (2008). Linking thought suppression and recovered memories of childhood sexual abuse. Memory, 16, 22-28.

Geraerts, E., Schooler, J. W., Merckelbach, H., Jelicic, M., Hauer, B., & Ambadar, Z. (2007). The reality of recovered memories : Corroborating continuous and discontinuous memories of childhood sexual abuse. Psychological Science, 18, 564-568.

McNally, R. (2003). Remembering trauma. Cambridge, MA : Belknap Press/Harvard University Press.

Mots-clés :

Abus sexuels infantiles, Souvenirs retrouvés, Mémoire, Suppression de pensée, Adultes

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[1] Des agressions non corroborées ne sont, bien sûr, pas systématiquement fausses.