La caméra, le suspect et le juré

11 mars 2009 par Frank Arnould

La façon dont est filmé un interrogatoire influence la perception de la spontanéité des aveux.

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Les travaux menés par le psychologue Daniel Lassiter, de l’Université de l’Ohio à Athens, États-Unis, montrent que la manière dont sont filmés les interrogatoires influence la façon dont les jurés perçoivent la spontanéité des aveux. Lorsque la caméra se focalise sur le suspect (qui est vu de face, l’enquêteur étant présenté de dos), les aveux sont jugés plus spontanés que lorsqu’elle se focalise sur l’enquêteur (le suspect étant vu de dos). Lorsque suspect et enquêteur sont tous deux vus de profil et de façon égale, la perception de la spontanéité des aveux atteint un niveau intermédiaire par rapport aux deux autres situations (des images de ces différentes façons de filmer un interrogatoire sont disponibles dans Ware et coll., 2008).

Ces résultats ont été obtenus au cours de simulations d’interrogatoire en laboratoire. Cependant, Daniel Lassiter vient de publier avec différents collaborateurs les résultats de deux nouvelles études, indiquant que ce phénomène se manifeste également quand des personnes jugent les enregistrements d’interrogatoires de suspects réels, soupçonnés d’agression sexuelle ou de meurtre. Les différents angles de vue influencent aussi la perception de la culpabilité du suspect.

Toutes ces données conduisent notamment les auteurs à préconiser l’enregistrement des interrogatoires en filmant de manière égale suspect et enquêteur. Cette stratégie a été adoptée par la Nouvelle-Zélande. En France, la loi du 5 mars 2007, concernant l’enregistrement audiovisuel des interrogatoires des personnes placées en garde à vue ou mises en examen, est entrée en vigueur le 1er juin 2008. Dans une circulaire de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) relative à cette loi, il est dit que , « [...] en fonction de la qualité de l’image de l’enregistrement, il peut être opportun d’orienter la caméra sur un plan comprenant le buste et le visage, afin d’en apercevoir les expressions, de préférence à un plan plus large. » Cette préconisation semble donc plutôt recommander la focalisation de la caméra sur le suspect.

Références :

Lassiter, G.D., Ware, L.J., Ratcliff, J.J., & Irvin, C.R. (2009). Evidence of the camera perspective bias in authentic videotaped interrogations : Implications for emerging reform in the criminal justice system. Legal and Criminological Psychology, 14(1), 157-170.

Ware, L.J., Lassiter, D., Patterson, S.M., Ransom, M.R. Camera perspective bias in videotaped confessions : Evidence that visual attention is a mediator. Journal of Experimental Psychology : Applied, 14(2), 192-200.

Mots clés :

Enregistrement audiovisuel des interrogatoires – Vidéo - Interrogatoire de police - Spontanéité des aveux – Biais de perspective - Suspect - Angle de vue – Crime réel – Adultes

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Crédit photo :

MHJohnston
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