La mémoire des mensonges

4 octobre 2013 par Frank Arnould

Nous souvenons-nous de quand nous avons menti ? Cela dépend des mensonges.

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Ai-je menti ou ai-je dit la vérité ? Selon les résultats d’une expérience publiée par des chercheurs américains (Vieira & Lane, 2013), répondre avec précision à cette question dépendrait du type de mensonge proféré. En effet, les participants se sont mieux souvenus d’avoir menti quand leurs mensonges consistaient à décrire des objets qu’ils n’avaient en fait jamais vus. Par contre, ils avaient plus de difficulté à se souvenir d’avoir menti quand leurs mensonges consistaient à nier d’avoir vu des objets qu’ils leur avaient pourtant bien été présentés.

Les chercheurs ont interprété ces résultats dans le cadre de la théorie du contrôle de la source (Johnson, Hashtroudi, & Lindsay, 1993) . Selon cette théorie, les personnes jugent la source de leurs souvenirs en fonction de différentes caractéristiques. Ainsi, les souvenirs d’origine externe contiendraient un grand nombre de détails sensoriels, émotionnels et contextuels. Les souvenirs générés mentalement contiendraient plus de détails faisant référence à des opérations cognitives. Les mensonges consistant à décrire un objet qui n’a jamais été vu impliquent un niveau d’élaboration cognitive plus important que les mensonges consistant simplement à nier un fait. Par conséquent, les souvenirs de mensonges descriptifs contiennent vraisemblablement plus de références à des opérations cognitives. C’est ce qui a probablement permis aux participants de mieux se souvenir d’avoir menti dans ce cas de figure.

Les auteurs de l’étude ont également fait une autre découverte étonnante. Quand les participants ont nié avec exactitude, et ce, à trois reprises, d’avoir vu des objets, ils ont ensuite fini par dire que ces objets leur avaient été présentés. Autrement dit, le fait de dire la vérité à plusieurs reprises en niant des faits peut provoquer des distorsions de la mémoire qui prennent la forme de faux souvenirs. Les faits niés deviennent alors réalité ! Comme le laissent entendre les chercheurs, ce phénomène pourrait constituer l’une des origines des faux aveux.

Références :

Johnson, M. K., Hashtroudi, S., & Lindsay, D. S. (1993). Source monitoring. Psychological Bulletin, 114(1), 3–29. doi : 10.1037/0033-2909.114.1.3.

Vieira, K. M., & Lane, S. M. (2013). How you lie affects what you remember. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 2(3), 173–178. doi:10.1016/j.jarmac.2013.05.005

Mots clés :

Mensonge – Faux souvenir – Faux aveux – Mémoire – Cognition – Adultes

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Raymon Bryson
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