La suggestibilité dans les témoignages oculaires

22 mars 2012 par Frank Arnould

De nouvelles études précisent l’influence de certains facteurs personnels et situationnels sur la vulnérabilité des témoins oculaires aux suggestions.

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Estime de soi et effet de désinformation

Une série d’expériences publiée par Jo Saunders, de l’Université de Swansea, au Royaume-Uni, révèle que les témoins oculaires ayant une faible estime d’eux-mêmes sont plus sensibles aux suggestions trompeuses émises par un interviewer. Les résultats indiquent également que l’incorporation de ces suggestions dans les déclarations de ces individus reflète plus leur volonté de se conformer aux dires de l’interviewer qu’à une modification réelle de leur mémoire des faits. La psychologue recommande donc aux policiers d’être particulièrement vigilants lorsqu’ils interrogent de tels témoins oculaires.

Source : Saunders, J. (2012). The role of self-esteem in the misinformation effect. Memory, 20(2), 90–99. doi:10.1080/09658211.2011.640690

Témoignage oculaire et suggestions répétées

L’équipe dirigée par Jeffrey Foster, de l’Université Victoria de Wellington, en Nouvelle-Zélande, a observé que les témoins oculaires sont plus influencés par des suggestions trompeuses quand celles-ci sont répétées, que leur répétition soit le fait d’un seul ou de trois autres témoins du crime. Autrement dit, c’est le nombre de répétitions des suggestions qui importe et moins le nombre de sources à l’origine de ces répétitions.

De plus, des personnes devant évaluer la crédibilité des déclarations se montrent plus confiantes dans le fait que des affirmations (fausses) correspondent mieux à la réalité si elles sont répétées dans les témoignages, ici encore, sans que le nombre d’individus à l’origine de ces répétitions n’ait d’importance. Un seul témoin répétant des informations erronées apparaît tout aussi crédible que plusieurs témoins les répétant chacun à leur tour.

Source : Foster, J. L., Huthwaite, T., Yesberg, J. A., Garry, M., & Loftus, E. F. (2012). Repetition, not number of sources, increases both susceptibility to misinformation and confidence in the accuracy of eyewitnesses. Acta Psychologica, 139(2), 320–326. doi:10.1016/j.actpsy.2011.12.004

Suggestibilité et formulation des questions

La manière dont sont formulées les informations trompeuses dans les questions de l’interviewer influencerait le niveau de suggestibilité des témoins oculaires. C’est la constatation faite par les psychologues Stefanie Sharman et Martine Powell, de l’Université Deakin en Australie. Leur expérience montre que les participants intègrent plus facilement dans leurs souvenirs des informations trompeuses quand celles-ci sont délivrées par l’interviewer dans des questions fermées « présumantes », et surtout dans des questions fermées spécifiques ou ouvertes « présumantes » (voir ci-dessous pour des exemples de ces différentes formulations). Les chercheurs pensent que ces deux dernières formes de questions pousseraient plus volontiers les témoins à se lancer dans des analyses supplémentaires des suggestions, ce qui favoriserait leur intégration dans les souvenirs (formation de faux souvenirs).

Les différentes formulations d’une information trompeuse comparées dans cette étude sont les suivantes : (1) question fermée : le témoin doit répondre par oui ou par non (exemple : « Est-ce que le voleur a attaqué la banque avec un pistolet ? ») ; (2) question fermée « présumante » : le témoin doit répondre par oui ou par non et l’interviewer l’encourage à se conformer à sa propre conception de l’affaire (exemple : « Le voleur a attaqué la banque avec un pistolet , n’est-ce pas ? ») ; (3) question fermée spécifique : le témoin doit répondre par oui ou par non et l’interviewer l’encourage à réfléchir sur des détails de l’information trompeuse (exemple : « Est-ce que le voleur a attaqué la banque avec un pistolet muni d’un canon de couleur noire et d’une crosse brun foncé ? » ) ; question ouverte « présumante » : (exemple : « Dites-moi ce que vous savez de l’arme utilisée par le voleur pour attaquer la banque »). La présence d’une arme constitue l’information trompeuse qui est suggérée par l’interviewer.

Source : Sharman, S. J., & Powell, M. B. (2012). A comparison of adult witnesses’ suggestibility across various types of leading questions. Applied Cognitive Psychology, 26(1), 48–53. doi:10.1002/acp.1793

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

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