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La technique CBCA et la détection du mensonge dans les témoignages d’enfants

14 décembre 2006 par Frank Arnould

Est-ce que la technique CBCA (Criterion-Based Content Analysis) est efficace pour déterminer si des enfants mentent ou disent la vérité à propos d’un événement familier ?

L’évaluation de la véracité du témoignage d’un enfant, notamment dans le cas d’un abus sexuel, est un problème difficile puisqu’il n’existe pas toujours de preuves physiques, et que l’enfant et l’abuseur suspecté sont très souvent les seuls témoins.

Le CBCA (Criterion-Based Content Analysis) est une méthode qui a été développée pour évaluer le degré de véracité des allégations. Le principe est d’analyser le contenu des retranscriptions écrites des témoignages et de les coder selon dix-neuf critères considérés chacun comme caractéristique de la sincérité. Autrement dit, plus le score CBCA est élevé, plus on peut considérer que le témoignage fait référence à des événements qui se sont réellement produits.

Globalement, les évaluations de cette méthode montrent qu’elle permet effectivement de distinguer les personnes honnêtes des menteurs : les premiers ont un score CBCA plus élevé que les seconds. Cependant, le taux d’erreurs reste élevé, environ 30 % (Vrij, 2005). Une partie des critères est relativement moins efficace que l’autre.

Certaines études sont moins favorables à la technique. Pour Blandon-Gitlin, Pezdek, Rogers et Brodie (2005), un facteur pourrait limiter l’intérêt de cette méthode : la familiarité des évènements. Dans leur expérience, des enfants de 9 à 12 ans doivent dire la vérité ou mentir à propos d’un événement familier ou non. Les résultats montrent que les scores CBCA [1] sont plus élevés lorsque l’événement est familier, que l’événement soit vrai ou inventé par les enfants. Pour dire les choses autrement, lorsqu’un événement est familier aux enfants, leurs propos sont jugés par le CBCA comme indiquant que l’événement s’est réellement produit, que ce soit vrai ou faux !

Les résultats montrent que les enfants disant la vérité sont plus confiants dans leurs souvenirs et estiment avoir une mémoire plus claire de l’événement que ceux qui ont menti. Ces résultats sont intéressants pour deux raisons. Premièrement, ils indiquent que les enfants qui ont fabriqué l’événement sont conscients que celui-ci ne s’est pas produit. Deuxièmement, la confiance et la clarté des souvenirs semblent permettre de mieux détecter le mensonge et la vérité. Les auteurs proposent donc d’ajouter ces mesures au protocole CBCA afin d’en améliorer son efficacité.

Un autre point est à considérer : l’expérience montre qu’il existe une corrélation significative (r = 0,29) entre l’âge et le score CBCA. Il existe donc un lien entre le niveau de développement des enfants et le CBCA.

Références :

Blandon-Gitlin, I., Pezdek, K., Rogers, M., & Brodie, L. (2005). Detecting deception in children : An experimental study of the effect of event familiarity on CBCA ratings. Law and Human Behavior, 29(2), 187-197.

Vrij, A. (2005). Criteria-Based Content Analysis - A qualitative review of the first 37 studies. Psychology, Public Policy and Law, 11(1), 3-41.

Mots-clés :

Témoignage, Détection du mensonge, Mémoire, Familiarité, CBCA

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[1] Dix-huit critères sont retenus dans cette étude.