• Accueil
  • Actualités
  • Le conformisme des souvenirs : l’influence d’un co-témoin sur la mémoire d’un événement

Le conformisme des souvenirs : l’influence d’un co-témoin sur la mémoire d’un événement

2 octobre 2006 par Frank Arnould

Lorsque deux témoins discutent d’un événement auquel ils ont assisté tous les deux, leurs souvenirs peuvent ensuite devenir similaires : ils finissent pas intégrer dans leur mémoire des éléments relatés par leur partenaire. Ce phénomène est appelé dans la littérature l’effet de conformisme des souvenirs (ou contagion sociale des souvenirs). Gabbert, Memon et Wright (2007) ont voulu savoir si les témoins qui jugent que leur mémoire d’un événement est de moins bonne qualité (un aspect de la métamémoire) que celle de leur partenaire sont plus sensibles à ce phénomène.

Dans leur expérience, les croyances concernant la qualité des souvenirs étaient manipulées de la façon suivante : on informait les sujets qu’ils étudiaient des images décrivant un événement pendant une durée deux fois supérieure ou deux fois inférieure à celle de leur partenaire. En réalité, chaque image était visionnée par tous les sujets pendant exactement la même durée (trente secondes). De plus, chaque membre du couple de témoins visionnait une version de l’événement qui différait sur certains éléments (les items critiques). Après la phase d’étude, les sujets discutaient ensemble de leurs souvenirs. Pour évaluer l’apparition d’un phénomène de conformisme des souvenirs, ils devaient enfin rappeler individuellement l’événement.

Les résultats montrent que ce sont surtout les sujets qui pensaient que leur mémoire était moins bonne que celle de leur partenaire qui manifestaient un effet de conformisme des souvenirs : ils avaient plus tendance à se rappeler la version des items critiques de leur partenaire. Les sujets qui pensaient avoir des souvenirs de meilleure qualité dominaient les discussions et avaient une meilleure mémoire des éléments critiques. Ils étaient généralement les premiers à en parler. D’ailleurs, l’effet de conformisme était plus fort chez les sujets qui n’avaient pas initié la discussion sur les items critiques.

Dans 50 % des cas, les sujets attribuaient par erreur l’origine de leurs souvenirs d’items non visionnés aux images qu’ils leur avaient présentées plutôt qu’à leur partenaire. Les auteurs soulignent une implication légale de ce résultat : au cours d’un interrogatoire de police, deux témoins oculaires pourraient confirmer l’existence de faits alors que certaines informations pourraient être le résultat d’une contamination de la mémoire d’un sujet après une discussion avec un co-témoin.

Référence :

Gabbert, F., Memon, A., & Wright, D.B. (2007). I saw it for longer than you : The relationship between perceived encoding duration and memory conformity. Acta Psychologica, 124, 319-331.

Mots-clés :

Influence sociale, Conformisme du souvenir, Mémoire, Métamémoire, Témoignage oculaire, Adultes