Le contenu des faux aveux

6 décembre 2011 par Frank Arnould

Les faux aveux contiennent des détails sur la manière dont se serait déroulé le crime et sur les prétendues motivations des suspects.

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Aux États-Unis, l’Innocence Project procède à des tests ADN afin de disculper des condamnés innocents. Selon les données de cette organisation, les faux aveux ont été responsables, au moins en partie, de 25 % des erreurs de justice qu’elle a pris en charge [1]. Alors que le scepticisme est souvent de mise, les fausses confessions constitueraient donc un problème plus sérieux qu’on ne l’imagine, les cas traités par l’Innocence Project n’étant qu’une partie émergée de l’iceberg.

Une équipe de chercheurs américains vient de découvrir que des personnes innocentes avaient avoué un crime qu’elles n’avaient pas commis en élaborant un récit détaillé sur les faits (Appleby, Hasel, & Kasin, 2013). Ces détails avaient probablement été induits pendant les interrogatoires menés par les policiers.

Pour faire cette découverte, les psychologues ont analysé les interrogatoires de vingt condamnés ayant proféré de faux aveux dans des affaires judiciaires particulièrement graves (viols, meurtres, viols accompagnés de meurtre). Les personnes avaient été par la suite disculpées grâce à des analyses ADN ou par d’autres éléments de preuve.

L’analyse du contenu des faux aveux a fait apparaître que les individus innocents avaient confessé le crime en incorporant dans leurs déclarations des détails visuels et auditifs sur la scène. Ils avaient aussi décrit les raisons qui les avaient supposément conduits à commettre l’irréparable. Tous les récits faisaient référence à la victime, détaillant son comportement avant, pendant et après le crime. Étaient aussi décrits l’état psychologique de la victime dans 45 % des cas et son apparence physique dans 75 % des déclarations.

En grande majorité (95 %), les personnes avaient intégré dans leurs faux aveux des éléments concernant des individus autres que la victime (par exemple, un complice ou un témoin). Dans 85 % des affaires, les suspects interrogés avaient fait part des pensées et sentiments qui auraient été les leurs au moment des faits. Quarante pour cent des faux confesseurs avaient même exprimé des remords, alors qu’ils étaient pourtant innocents, et 20 % avaient fait des excuses. Cinquante pour cent des individus innocents avaient exprimé explicitement que leurs aveux avaient été volontaires (par exemple, « Je comprends mes droits et je fais la déclaration suivante librement et volontairement »).

Ainsi, dans les cas de faux aveux, les suspects ne se contentent pas de dire : « Oui, j’ai commis ce crime ». Bien au contraire, ils élaborent des récits structurés et détaillés, en se servant probablement des informations communiquées pendant l’interrogatoire de police.

Dans une seconde étude, les psychologues ont cherché à savoir dans quelle mesure certaines informations présentes dans les faux aveux pouvaient influencer les décisions de jeunes adultes devant jouer le rôle de jurés. Les résultats ont montré que la présence de détails sur les faits ou d’éléments concernant les motivations du crime a favorisé la condamnation des accusés innocents.

Référence :

Appleby, S. C., Hasel, L. E., & Kassin, S. M. (2013). Police-induced confessions : an empirical analysis of their content and impact. Psychology, Crime & Law, 192, 179-202.

Mots clés :

Faux aveux – Interrogatoire de police – Juré – Condamnation – Adultes

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Crédit photo :

Michael Grimes
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