Le contexte de la confrontation avec le suspect

25 avril 2013 par Frank Arnould

Une étude révèle l’importance du contexte quand des témoins oculaires doivent identifier un suspect au cours d’une confrontation.

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Au cours d’une confrontation, le suspect est exposé seul au témoin oculaire, généralement peu de temps après les faits. Contrairement à une parade d’identification (ou tapissage), aucun figurant n’est donc présenté aux côtés du suspect. Des chercheurs canadiens viennent de montrer l’influence du contexte quand le témoin doit identifier le suspect au cours d’une confrontation (Smith, Leach, & Cutler, 2013).

Les participants assistent individuellement à un scène de vol qui a en fait été montée par les expérimentateurs à leur insu : un jeune homme dérobe un sac à dos dans lequel se trouve un ordinateur portable. Quelques minutes plus tard, les témoins de l’infraction sont mis en présence d’un suspect : dans certains cas, il s’agit bien de la personne qu’ils ont vue s’emparer du sac ; dans d’autres cas, il s’agit d’une personne différente et donc innocente. De plus, au cours de certaines confrontations, le sac à dos était présent, alors qu’il était absent dans les autres. La tâche des participants est de décider si le suspect est le voleur ou non.

Les résultats montrent que la présence du sac pendant la confrontation améliore la précision des identifications, les participants ayant 2,07 fois plus de chance de prendre une décision précise qu’en l’absence du sac.

Les chercheurs constatent également qu’un suspect a 40 % de chance d’être innocent après avoir été identifié. Cette étude confirme donc des travaux antérieurs suggérant que la technique de confrontation est problématique pour les personnes innocentes (Clark & Godfrey, 2009 ; Clark, 2012 ; Steblay, Dysart, Fulero, & Lindsay, 2003). Elle favoriserait en effet les erreurs d’identification. Par exemple, en analysant la littérature scientifique, le psychologue Steven Clark montre que, sur 15 comparaisons, le taux moyen d’erreurs d’identification est de 11 % dans les parades d’identification et atteint 18 % dans les confrontations (Clark, 2012). Les taux d’identifications correctes sont respectivement de 43 % et 41 %.

Références :

Clark, S. E. (2012). Costs and benefits of eyewitness identification reform : Psychological science and public policy. Perspectives on Psychological Science, 7(3), 238‑259. doi:10.1177/1745691612439584

Clark, S. E., & Godfrey, R. D. (2009). Eyewitness identification evidence and innocence risk. Psychonomic Bulletin & Review, 16(1), 22‑42. doi:10.3758/PBR.16.1.22

Smith, A. M., Leach, A.-M., & Cutler, B. L. (2013). Facilitating accuracy in showup identification procedures : The effects of the presence of stolen property. Applied Cognitive Psychology, 27(2), 216–221. doi:10.1002/acp.2898

Steblay, N., Dysart, J. E., Fulero, S. M., & Lindsay, D. S. (2003). Eyewitness accuracy rate in police showup and lineup presentations : A meta-analytic comparison. Law and Human Behavior, 27(5), 523‑540.

Mots clés :

Identification de suspect – Confrontation – Témoignage oculaire – Contexte – Mémoire – Cognition – Adultes

Crédit photo :

svenwerk
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