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Le dessin d’un personnage peut-il aider les enfants à témoigner à propos d’attouchements corporels ?

23 mars 2007 par Frank Arnould

Pour un enfant, en particulier s’il est très jeune, il peut être difficile de relater à un enquêteur les agressions sexuelles qu’il a pu subir. Son niveau de maîtrise du langage ne lui permet pas forcément de décrire les faits. En outre, les agressions sexuelles, qui concernent des régions intimes de son corps et/ou de celui de son agresseur, sont associés à des émotions fortes et pénibles. En parler peut donc être embarrassant et douloureux.

Les données verbales pouvant être limitées, l’utilisation de techniques permettant à l’enfant de s’exprimer sans avoir recours au langage pourrait l’aider à divulguer ce qui s’est passé entre lui et son agresseur. L’une de ces méthodes consiste à demander à l’enfant d’indiquer sur le dessin d’un personnage les endroits touchés par son agresseur. Cette méthode est apparemment populaire dans un contexte clinique, mais les recherches expérimentales sont encore peu nombreuses. Le dessin du personnage aide-t-il vraiment l’enfant à révéler les abus qu’il a pu subir ? Lui permet-il de rappeler un plus grand nombre d’informations et améliore-t-il la précision de son témoignage ?

Brown, Pipe, Lewis, Lamb et Orbach (2007) ont voulu répondre à ces questions en interrogeant des enfants de 5 à 7 ans, quatre à six semaines après une séance de photographie au cours de laquelle le photographe a touché de manière inoffensive différentes parties de leur corps (épaule, poignet, oreille, taille et pied). Les enfants sont d’abord interrogés verbalement sur la séance photographique. Puis l’entretien est suivi d’une phase où les contacts corporels sont directement l’objet de l’attention de l’intervieweur. C’est à ce moment qu’est introduite la technique du dessin d’un personnage qui accompagne alors un entretien verbal. Certains enfants sont d’abord entraînés à l’utilisation du dessin avant de témoigner à propos des attouchements, d’autres non. Le témoignage sur les contacts corporels d’un troisième groupe d’enfants est recueilli uniquement de manière verbale.

Dans l’entretien initial précédant l’enquête sur les contacts corporels, très peu d’enfants parlent des attouchements corporels (4 sur 79). Lorsque des questions ouvertes sont ensuite posées concernant les attouchements, la plupart des enfants (61 %) rappellent des informations nouvelles. Cependant, les deux groupes d’enfants utilisant le dessin du personnage communiquent plus d’informations incorrectes sur les attouchements que les enfants interrogés uniquement de manière verbale. Lorsque des questions directes sont posées, les enfants interrogés avec un dessin mais sans formation préalable à son utilisation, sont moins précis que ceux des deux autres groupes.

Les auteurs concluent leur travail de la façon suivante (p. 41, notre traduction) : « Cette étude suggère que, lorsqu’ils sont introduits à la fin d’un entretien pour obtenir des informations nouvelles, les dessins et les questions concernant des attouchements corporels au mieux n’améliorent pas substantiellement le rappel et, au pire, peuvent générer des informations imprécises. »

Référence :

Brown, D. A., Pipe, M. E., Lewis, C., Lamb, M. E., & Orbach, Y. (2007). Supportive or suggestive : Do human figure drawings helps 5- to 7-year-old children to report touch ? Journal of Consulting and Clinical Psychology, 75, 33-42.

Mots-clés :

Dessin d’un personnage - Abus Sexuel - Attouchement corporel - Témoignage - Enfants d’âge préscolaire - Enfants d’âge scolaire

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