Le juré et l’interrogatoire

26 janvier 2010 par Frank Arnould

Les jurés d’un procès connaissent-ils les dangers éventuels de certaines techniques d’interrogatoire ? Enquête aux États-Unis.

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Thémis, déesse de la justice

Seules la torture physique ou la maladie mentale peuvent-elles conduire aux faux aveux  ? Apparemment pas, si l’on se fie aux résultats d’une large littérature empirique. Ceux-ci révèlent que des pressions psychologiques et différentes techniques de persuasion peuvent également amener des personnes innocentes à avouer un crime qu’elles n’ont pas commis.

Une enquête réalisée par des chercheurs américains (Leo & Liu, 2009) montre que des jurés potentiels, tous étudiants d’université, reconnaissent bien que ces méthodes d’interrogatoire sont coercitives et peuvent conduire un coupable à avouer. Par contre, dans l’ensemble, ils réfutent l’idée qu’elles puissent amener un innocent à de fausses confessions, une perception des choses en flagrante contradiction avec les résultats de la recherche scientifique.

Les auteurs de cette enquête estiment qu’un expert scientifique pourrait intervenir au cours du procès afin d’informer les jurés sur les risques éventuels de certaines techniques de pression et persuasion psychologiques, parfois utilisées pendant les interrogatoires.

Techniques d’interrogatoire de police évaluées dans l’enquête de Leo et Liu (2009)

- Accuser à plusieurs reprises un suspect ;
- Demander à un suspect de passer un test de détection du mensonge ;
- Répéter au suspect que son alibi est faux ;
- Couper court de manière répétée aux dénégations de culpabilité exprimées par le suspect ;
- Faire passe un test de détection du mensonge et dire sincèrement au suspect que les résultats ne sont pas concluants ;
- Faire passer un test de détection du mensonge et dire sincèrement au suspect que les résultats indiquent qu’il ment ;
- Confronter le suspect à une preuve fictive incriminante impliquant un enregistrement de vidéosurveillance ;
- Confronter le suspect à une preuve fictive incriminante impliquant une analyse d’ADN ;
- Confronter le suspect à une preuve fictive incriminante impliquant l’analyse d’empreintes ;
- Faire passer un test de détection de mensonge et indiquer faussement au suspect que les résultats indiquent qu’il ment ;
- Suggérer implicitement au suspect que la charge sera moins lourde s’il avoue ;
- Promettre explicitement au suspect que la charge sera moins lourde s’il avoue ;
- Suggérer implicitement au suspect que la peine sera moins lourde s’il avoue ;
- Promettre explicitement au suspect que la peine sera moins lourde s’il avoue ;
- Menacer implicitement le suspect de dommages physiques s’il n’avoue pas ;
- Menacer explicitement le suspect de dommages physiques s’il n’avoue pas ;
- Menacer le suspect avec violence s’il n’avoue pas ;
- Frapper ou agresser le suspect.

Référence :

Leo, R. A., & Liu, B. (2009). What do potential jurors know about police interrogation techniques and false confessions ? Behavioral Sciences & the Law, 27(3), 381-399.

Mots clés :

Jurés – Interrogatoire de police – Faux aveux - Adultes

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Ricardo
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