Le juré et le témoin oculaire

21 février 2011 par Frank Arnould

Les jurés éprouvent des difficultés à évaluer l’exactitude avec laquelle un témoin oculaire a identifié l’accusé. Une solution à ce problème est possible.

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C’est à un constat troublant auquel nous conduit une série de recherches expérimentales sur la psychologie des jurés. À partir des interrogatoires menés pendant le procès, ceux-ci seraient incapables de distinguer un témoin ayant identifié avec exactitude un suspect d’un témoin ayant commis une erreur d’identification !

Une solution possible à ce problème important vient d’être testée par des psychologues américains (Reardon & Fisher, 2011). Les participants à l’expérience visionnent tout d’abord l’interrogatoire de témoins oculaires au cours duquel le procureur et l’avocat de la défense s’intéressent à leurs souvenirs du coupable et sur la façon dont ils ont identifié l’accusé dans un tapissage de police. Certains témoins ont en fait identifié la bonne personne, les autres ayant désigné un individu innocent. Une partie des participants a accès à une source d’informations supplémentaire, à savoir l’enregistrement vidéo de tout le processus d’identification du suspect par les témoins au moment de l’enquête (description de l’apparence physique du coupable et tapissage).

Devant endosser le rôle de juré, les participants sont ensuite invités à répondre à différentes questions, portant notamment sur leur perception de l’exactitude des témoignages (« Quelle est la probabilité que le témoin ait identifié l’auteur réel du crime, et non un individu innocent ? »), et sur la culpabilité de l’accusé (« Si le témoignage oculaire était la seule preuve contre l’accusé, avec quelle probabilité le condamneriez-vous ? »).

Contrairement aux « jurés » ayant accès uniquement à l’interrogatoire des témoins, ceux ayant en plus visionné les enregistrements vidéo du processus d’identification distinguent mieux les témoins ayant désigné l’auteur réel du crime de ceux ayant identifié une personne innocente pendant l’enquête. Ils sont aussi plus enclins à condamner l’accusé si les témoins ont désigné la bonne personne que s’ils ont commis une erreur d’identification.

Malgré les limites de cette étude, les chercheurs estiment néanmoins qu’elle devrait encourager les policiers à effectuer un enregistrement vidéo non seulement des dépositions de témoins oculaires, pendant lesquelles ils décrivent l’apparence physique de l’auteur d’un crime, mais aussi de la séance d’identification du suspect.

Ces enregistrements, pensent-ils, préservent un plus grand nombre d’indices comportementaux présents pendant le processus d’identification, facilitant ainsi la tâche des jurés au moment où ceux-ci doivent déterminer l’exactitude d’un témoignage. Toutefois, la manière dont sont réalisés ces enregistrements doit faire l’objet d’investigations futures, l’angle de la caméra pouvant influencer la perception des personnes filmées (voir, sur PsychoTémoins, l’article Comment filmer les interrogatoires de police ?).

Référence :

Reardon, M. C., & Fisher, R. P. (2011). Effect of viewing the interview and identification process on juror perceptions of eyewitness accuracy. Applied Cognitive Psychology, 25(1), 68-77.

Crédit photo :

RaeA
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