Le mensonge en situation

24 août 2011 par Frank Arnould

Détecter le mensonge est plus facile quand la situation est familière.

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Si vous lancez une requête sur internet avec l’expression « détection du mensonge », le moteur de recherche affichera quantité de liens vers des sites web censés vous révéler les indices les plus efficaces pour déceler qu’une personne ment ou dit la vérité. Dans la majorité des cas, les signes du mensonge que ces sites vous recommanderont seront de nature non verbale (regard fuyant, nervosité…).

Les données de la recherche scientifique ne confirment pas vraiment l’intérêt de ces trucs et astuces, trop souvent l’incarnation de clichés et d’idées reçues sur le mensonge (DePaulo et al., 2003 ; Sporer & Schwandt, 2006, 2007 ; Vrij, 2008).

En effet, peu d’indices non verbaux permettent de différencier vraiment mensonge et sincérité. En revanche, les indices verbaux, sans être infaillibles, s’avèrent être un peu plus intéressants. Plusieurs travaux ont d’ailleurs montré que les participants avaient mieux détecté le mensonge quand ils devaient juger la sincérité d’une personne à partir de l’enregistrement audiovisuel de son interrogatoire, de la piste audio (sans la partie vidéo) de cet enregistrement ou de sa retranscription écrite. En revanche, la détection du mensonge était moins précise quand les participants devaient juger la personne uniquement à partir de la piste vidéo (sans le son) de l’enregistrement (Mann, Vrij, Fisher, & Robinson, 2008 ; Vrij, 2008b).

L’équipe de recherche dirigée par Marc-André Reinhard, de l’Université de Mannheim, en Allemagne, a une nouvelle fois confirmé la supériorité des indices verbaux sur les indices non verbaux du mensonge pour déceler le degré de sincérité d’une personne (Reinhard, Siegfried L Sporer, Scharmach, & Marksteiner, 2011).

Les chercheurs ont d’abord constaté que les jugements étaient plus précis quand les personnes mentaient ou disaient la vérité dans des situations qui étaient familières aux participants à leurs expériences, et ce, par rapport aux situations qui leur étaient étrangères.

La raison à cela ? Pour évaluer la sincérité des personnes, les participants avaient utilisé préférentiellement le contenu verbal des déclarations quand la situation était familière, et avaient préférentiellement utilisé des indices non verbaux quand elle ne l’était pas.

Références :

DePaulo, B. M., Lindsay, J. J., Malone, B. E., Muhlenbruck, L., Charlton, K., & Cooper, H. (2003). Cues to deception. Psychological Bulletin, 129(1), 74-118.

Mann, S.A., Vrij, A., Fisher, R.P., & Robinson, M. (2008). See no lies, hear no lies : differences in discrimination accuracy and response bias when watching or listening to police suspect interviews. Applied Cognitive Psychology, 22(8), 1062-1071.

Reinhard, M.-A., Sporer, Siegfried L, Scharmach, M., & Marksteiner, T. (2011). Listening, not watching : Situational familiarity and the ability to detect deception. Journal of Personality and Social Psychology, 101(3), 467-484.

Sporer, S.L., & Schwandt, B. (2006). Paraverbal indicators of deception : A meta-analytic synthesis. Applied Cognitive Psychology, 20(4), 421-446.

Sporer, S.L., & Schwandt, B. (2007). Moderators of nonverbal indicators of deception. Psychology, Public Policy, and Law, 13(1), 1-34.

Vrij, A. (2008a). Detecting Lies and Deceit : Pitfalls and Opportunities. (Vol. 1). Chichester : Wiley.

Vrij, Aldert. (2008b). Nonverbal Dominance Versus Verbal Accuracy in Lie Detection. Criminal Justice and Behavior, 35(10), 1323 -1336.

Mots clés :

Détection du mensonge – Indices verbaux et non verbaux – Familiarité – Adultes

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abdallahh
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